Henri Droguet, Faisez pas les cons !

Henri Droguet, Faisez pas les cons !

C’est fait

Qu’on se rassure : en dépit du titre de son livre, Henri Droguet – juste après la publication de Désordre du jour (Ed. Gallimard) – change juste de braquet et de genre (ici le récit succède au poème) en huit sections : « Confessions d’un enfant du demi-siècle ; Faisez pas les cons !, Nord-ouest, Bords perdus, A Dieu vat !, On se les gèle, Hauts les cœurs !, Un, deux trois… ». C’est la fête à nœud-noeud, les enfants du Christ deviennent des errants et, si on leur demande de prier, c’est juste d’attendre. Ils ne militent pas pour une étoile triomphante.
Les comètes ne sont pas de leur domaine, ils ont d’autres queues pour habiter leur crâne. Si bien que les phares sont décapité. Les lâches sont débarqués dans divers lieux plus ou moins champêtres. Etre y devient moins Orphée qu’orfraie. Ne reste parfois pour toute présence de féminine engeance qu’une tante Louise qui pose « sur le cul d’une cagette une assiette de faïence ébréchée ornée de gros pétunias bleus et rouges peints à la main avec une tranche de pâté de lapin ». La côte normande n’est plus celle de Duras. Restent des nébuleuses de pommiers et des ports de pêche où il s’agit de noyer le poisson.

Les scènes déferlent comme l’océan à l’heure où les phalènes entrent par les fenêtres. Mais les êtres sont trop falots pour s’en esbaudir et préfèrent la vue d’une statue en plâtre de saint Roch. Cela prouve chez eux un manque d’imaginaire. Droguet s’en amuse comme de ses narrateurs qui de l’estuaire de la Seine aux bordures de quais et de collines en moraines deviennent les agitateurs perpétuels du mouvement des textes.
Leur corpus est baroque tant le vocabulaire est multiple et nimbe toutes choses. Il couronne les récits en légendes assaisonnées d’humour donc d’intelligence. L’auteur y concilie des pièces a priori incompatibles pour créer les oscillations d’une poésie sinueuse. Elle laisse volontairement des taches sur le blanc immaculé des pages. L’auteur en détecte les particules d’un chant électrique selon un compteur Geiger littéraire. Les fougères s’y font rouquines, les oseilles grenues. Mais ce ne sont pas les seules. Tout devient fourrure de diverses espèces et l’auteur ne chipote pas côté digressions pour un décliner les états.

Demeure en axe tutélaire un certain Albert – semblable et frère de l’auteur et déjà croisé dans son œuvre. Au chemin les plus courts il préfère ceux de traverse où il y a bien mieux à trouver que la prétendue vérité. Il emprunte leur voie rêvant de rencontrer des femmes de marins. Veuves provisoires pendant de longs mois, elles peuvent enseigner la seule vérité qui soit. Celle qui se désintègre en désir dès que le cidre fait du corps une masse d’électrons libres en un chaos plus ou moins général.
Le texte en devient l’épeire-diadème qui s’écarte de toutes circonférences pour rejoindre leur centre.

jean-paul gavard-perret

Henri Droguet, Faisez pas les cons !, Editons Fario, 2016 – 14,50 €.

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