Daniel Pozner, Variable aléatoire
Daniel Pozner ne se veut ni fomenteur du mal, ni du bien, il ne pose aucun interdit, aucune transgression. Il sait faire court, ne se gaspille pas en labeurs superfétatoires qui conduisent les « spiritualistes » à un but illusoire. Le poète préfère l’instant présent avec ses rires et ses bosses. Le destin ? il l’ignore. Il préfère transformer l’écriture une sorte de « bah ! ». Ce n’est pas le signe d’un abandon mais de l’intelligence.
L’expérience intérieure ignore les circonvolutions à la Bataille ou à la Sartre. Pozner préfère l’être au néant et le « foutraque » (dit-il) au construit. Si bien qu’il ne ventriloque pas. Son « athéologie » tient la route avec malice et simplicité. La propension à la moquerie est toujours là. L’auteur est plus un turbulent de la littérature que l’un de ses pater austères. Ce qui ne l’empêche pas d’être sérieux mais de manière plus gaie que joyeuse.
Les fragments dans leurs zigs et leur zags attentent à certaines poses. Le poète cultive la grimace car elle évite les sommets comme les déclins. Nul dieu n’est nécessaire à celui qui ne prêche pas pour autant en impie. Déconstruisant les formes finies, il préfère la dérive qui désosse le romantisme et la poésie hégélienne. Pour autant, il ne revendique pas un matérialisme à tout crin.
L’écriture se nourrit volontiers de ses décharges. Le mystère des textes tient à son plaisir désespérant, à ses ruptures qui refusent les aboutissements. La chose intellectuelle reste pour Daniel Pozner une vue de l’esprit. Pas moins. Mais pas plus. Entre intensité et malaise existentiels.
jean-paul gavard-perret
Daniel Pozner, « Variable aléatoire », Editions Gros Textes, 2016, 88 p. – 10,00 €.
