Stefanie Schneider, Instandreams
Polaroïd Dreams : Stefanie Schneider
En 1996, Stefanie Schneider achète trois caisses de vieilles pellicules polaroïd à Los Angeles. Depuis, ses œuvres se caractérisent par le carré et les couleurs délavées ou violentes (les chimies vieillies se révélant imprévisibles) typiques de cette technique et de son format. Elles acquièrent par ce biais un aspect volontairement « inachevé ». Mais les mises en espace sont toujours travaillées jusque dans leur fantaisie car rien n’y est laissé au hasard. Une fois développées l’artiste n’hésite pas à recourir au sable pour retravailler la surface de ses photographies. Ensuite, elle les photographie au format analogique dans son laboratoire.
Les photographies ont toujours un effet théâtral mais surtout recèlent une étrange poésie. Certains y découvrent un mythe idéalisé du rêve américain. De fait, l’artiste travaille sur un plan plus large et intemporel et au rêve fait place la résignation et la nostalgie. Les déserts californiens deviennent les écrin de femmes surprenantes et étranges. Surgit l’équivalent plastique du film Stranger than Paradise de Jarmusch mais selon une version postmoderne où le noir et blanc est remplacé par la couleur et les villes de l’Est par la nature de l’Ouest américain. Il n’est pas jusqu’au ciel à devenir étrange. Et le dégradé de couleurs crée une sidération plus douce que violente.
« Ce que j’aime vraiment dans le désert, c’est cette isolation exceptionnelle. Le fait d’espérer quelque chose qui pourrait apparaître ou non » écrit l’artiste. Et ce paysage lui rend tout cet amour. Les femmes y égrainent leurs fantasmes dans la chaleur du tourment et jusque dans l’immobilité de certains supplices. Chaque photo propose sa théâtralité. Loin de pieuses fadaises, les princesses du désert s’adonnent à d’étranges vêpres. Le corps féminin est fièrement dressé et libre, la femme règne là où tout lien est remplacé par l’épopée sauvage et solitaire.
jean-paul gavard-perret
Stefanie Schneider, Instandreams, Edition Avenso (Berlin texte en français), 2016, 40,00 €.
Voir DVD : The Girl behind the White Picket Fence Feature par Stefanie Schneider, Arte.