Ernest Coeurderoy, Jours d’exil
Après une enfance à Tonnerre où il naît en 1825, Ernest Cœurderoy étudie la médecine à Paris. Devenu interne des Hôpitaux de Paris en 1845, il entre dans la vie politique où il défend (en dépit de ce que son nom pouvait suggérer) des idées révolutionnaires. Il est condamné à l’exil après l’échec des journées de juin 1948. Il erre dans toute l’Europe : Belgique, Grande-Bretagne, Italie, Espagne et à maintes reprises la Suisse romande pour s’établir à Genève où, malade, il se suicide en 1862.
Jours d’exil fut écrit en 1854. Il s’agit d’un récit autobiographie mais aussi un pamphlet politique dont la langue est marquée du sceau de l’imprécation systématique. L’auteur s’y définit comme Gitan, Juif, Heimatlos. Le texte est sans doute inégal : l’auteur est pris parfois dans une sorte d’emphase et de haine quasi systématiques où seule la Suisse trouve quelques grâces. La vie ne semble pour Coeurderoy n’avoir de raison que dans la haine envers la société bourgeoise qui l’étouffe.
Pour autant, le texte ni ne sauve, ni même n’offre une respiration face à une société oppressive. Le texte est « héroïquement » et insatiablement enraciné dans l’opprobre. Son exaspération en surdétermine l’espace d’énonciation. Beaucoup de critiques (et sur tout l’éventail politique) ont vu et voient dans ce livre une dégénérescence de la littérature. De fait, l’œuvre est passionnante ; elle brille face à la médiocrité et appelle par avance autant Les Chants de Maldoror que les poèmes de Rimbaud.
Coeurderoy – en cet ovni littéraire que tant de censeurs ont rêvé de jeter au « Cabinet des Rebuts » – défend avec ferveur ses convictions contre vents et marées. Bloy pouvait y retrouver ses aises tant le Oh tout finir de Beckett était déjà annoncé. Un salut suit malgré tout son cours là où l’auteur impose sa vindicte. Le cri demeure sans le moindre bémol. Et ce, avant que la mort finisse ce que la société bourgeoise avait commencé : réimposer son ordre absolu.
jean-paul gavard-perret
Ernest Coeurderoy, Jours d’’exil, Editions Héros-Limite, Genève, 2015.
