Liliom (Ferenc Molnár/Jean Bellorini)

Liliom (Ferenc Molnár/Jean Bellorini)

 On sait et on sent que la violence n’est jamais loin

On est sur une fête foraine ; on est devant le manège d’autos tamponneuses. Très vite, le conflit surgit entre une patronne et son employé. Ça parle dru et ça se dit vite, à la manière d’impromptus. Il s’agit là de tours gratuits, concédés à des visiteuses. L’objet de l’engueulade, dérisoire, renvoie à un enjeu considérable : la fidélité à l’employeur ou l’attachement mystérieux à la rencontre. Les personnages sont typés, comme la caricature d’eux-mêmes ; ils apparaissent constamment aux prises avec leur propre impuissance. On assiste aussi à une prestation type music-hall ; dans une baraque improvisée, un orchestre de fortune, dans un décor aux effets poétiques indéniables. Des acteurs habités, format expressionniste, efficaces. De très beaux dialogues, cocasses de vérité spontanée, simples et directs. On sait et on sent que la violence n’est jamais loin.

La représentation se caractérise par ses changements de ton. Le propos est simple : l’histoire de vies ratées qui se conjuguent. C’est plaisant, dynamique ; il raconte ces riens qui font le tout des vies modestes, qui ont leurs tons leurs manies. Le décor est utilisé avec efficacité dans la diversité de ses dimensions : piste du manège, caravanes, structure métalliques. Des pitreries, un drame, un spectacle baroque et sensible, autour d’un être profondément inadapté, qui casse tout ce qu’il touche, tout ce qu’il vit. Le spectacle est une petite réussite, parce que le texte n’emporte pas l’adhésion. Sans doute avant tout parce qu’il comporte un épilogue un peu long, qui fait redondance avec les scènes précédentes. Ce final, lourd (entre autres parce qu’il cherche une morale qu’il ne parvient pas à formuler), risque alors de faire prendre conscience des pesanteurs de la pièce.

christophe giolito

Liliom

de Ferenc Molnár

mise en scène Jean Bellorini

avec Julien Bouanich, Amandine Calsat, Julien Cigana, Delphine Cottu, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Teddy Melis, Marc Plas, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic, Sébastien Trouvé, Damien Vigouroux.

Au théâtre de l’Odéon, Ateliers Berthier,

1, rue André Suarès, Paris 17e (angle du bd Berthier), Porte de Clichy

Du 28 mai au 28 juin 2015, 20h.

Traduction Kristina Rady, Alexis Moati, Stratis Vouyoucas ; scénographie et lumière Jean Bellorini ; costumes Laurianne Scimemi ; son Sébastien Trouvé ; collaboration scénique Luc Muscillo. Le texte de la pièce est paru aux Editions Théâtrales en 2004.

Production TGP – CDN de Saint-Denis
Coproduction Compagnie Air de Lune, Printemps des Comédiens – Montpellier, Odéon-Théâtre de l’Europe, Théâtre des Quartiers d’Ivry, La Criée – Théâtre national de Marseille
avec l’aide de l’ADAMI et de la SPEDIDAM
avec la collaboration du Bureau Formart

Recréation au TGP – CDN de Saint-Denis le 25 septembre 2014
version plein air créée le 5 juin 2013 au Printemps des Comédiens – Montpellier.

 

Laisser un commentaire