David Lelait-Helo, C’était en mai, un samedi
La vie ne tient parfois qu’à un coup de fil
Sophie vient juste de divorcer, et s’est réfugiée dans sa maison de Sologne pour y faire le point et s’y poser un peu. Elle a décidé de vivre. Iolanda vient de tirer les rideaux de sa chambre parisienne ; engloutie par la solitude, elle a fait le choix de mourir. Mais avant faire ses adieux à la scène, celle qui n’est autre que la grande Dalida, décroche son téléphone et compose un numéro au hasard. C’est Sophie qui répond. Interloquée par les premiers mots de sa correspondante : « bonjour, je m’appelle Iolanda ; je vais mourir », Sophie entame avec Iolanda un dialogue incroyable, en espérant décourager Iolanda de mettre fin à ses jours. Les deux femmes vont peu à peu se confier le temps d’une nuit, nouer une amitié virtuelle qui réchauffera un peu le cœur brisé de Iolanda, sans toutefois empêcher l’inéluctable !
En imaginant les derniers mots que Dalida, ou plutôt ici Iolanda, aurait pu échanger avec une totale inconnue le soir de sa mort, David Lelait-Helo prend un risque énorme, celui de décevoir, de tomber dans les clichés et de froisser l’image de la diva qu’était Dalida. Eh bien, en aucun cas ! Ce roman, car il s’agit bien ici d’un roman, dégage une tendresse et une justesse, qui fait de chaque page le testament imaginaire d’une femme, plusieurs fois blessée dans sa vie. La gorge du lecteur se noue devant l’intensité de l’échange qui prend peu à peu place entre ces deux femmes fragilisées par les affres du destin.
Sophie se remet tout juste de son divorce, mais a définitivement tourné la page et commence une vie nouvelle, alors que Iolanda vit dans et pour le passé, et n’arrivera pas à regarder l’avenir avec la sérénité que lui pensaient certains. Avec émotion, on (re)découvre certains moments clefs de la star, mais surtout la Femme qu’elle était nous ouvre son cœur par le biais de l’auteur, biographe averti. Il ne s’agit pas d’une énième biographie, mais d’un récit imaginaire, qui plonge avec hardiesse dans les derniers moments de Iolanda. David Lelait-Helo nous avertit d’ailleurs en préambule : » …j’ai fait parler le silence, imaginant qu’au dernier instant, enfin sa parole se déliait. Ce n’est pas la vérité, à moins que ? »
On aimerait en effet croire que cet échange entre les deux femmes a vraiment eu lieu, et que Iolanda a pu enfin trouver une oreille attentive, qui ne portait aucun jugement sur la Star qui avait dévorée la Femme. Ce livre est une critique subtile d’un monde de strass et paillettes, mais aussi un hommage vibrant à une femme, ou à La Femme. Beaucoup de poésie, des mots qui sonnent juste, une envie de réécouter une Voix qui vibre toujours au présent. Il n’y a pas à dire, ce livre émouvant et original est une réussite de la première à la dernière page !
franck boussard
David Lelait-Helo, C’était en mai, un samedi, Pocket, 2015, 192 p. – 5,80 €.
One thought on “David Lelait-Helo, C’était en mai, un samedi”
Viens me parler du temps de mon père, toi frère aîné qu’il aimait tant, David était jaloux, Marie aussi. David est parti au bout de la terre, et Marie repose au fond de la terre, et jamais plus n’entendra le vent…