Éric Tréguier, Marathon – 490
La véritable bataille de Marathon
Peu de gens ignorent ce terme même si la majorité n’en connaît pas l’origine. Aujourd’hui, Marathon est plus connue comme une épreuve sportive que comme cette bataille qui opposa, en – 490, la jeune république d’Athènes à l’empire Perse. Et, contre toute attente, cette cité émergente tient tête à un empire et arrache une victoire.
« L’exploit est devenu une légende, la légende un mythe, le mythe le fondement d’une civilisation. » Or, qu’en est-il réellement ? Comme le souligne l’auteur : « Nous croyons savoir, mais nous savons peu. » Ce que nous savons est précieux, certes, mais suspect. Il existe très peu de sources contemporaines. Ce ne sont que des décennies plus tard que des textes vont évoquer l’événement, des constructions narratives confuses, incomplètes et toujours orientées. Les écrits d’Hérodote sont sujets à caution, influencés par le climat politique et idéologique de l’époque.
Éric Tréguier, à travers cet ouvrage, propose d’en avoir une lecture informée, rigoureuse, de faire une plongée dans l’histoire en combinant les avancées récentes de la recherche historique, militaire, politique et archéologique. Il revient au réel en confrontant les textes à la réalité du terrain, à la logistique;
Il découpe son ouvrage en quatre parties. Dans un premier temps, il intéresse au contexte, replace les sociétés et les civilisations telles qu’elles étaient, loin des clichés trop simplistes véhiculés depuis. L’empire Perse n’était pas décadent et Athènes n’avait pas encore son niveau social. Puis, il présente les individus qui vont jouer un rôle essentiel dans l’aventure, ces hoplites athéniens, l’Empereur, les généraux perses. Il décrit, dans une troisième partie la bataille en elle-même, revient sur l’étonnant bilan de 192 morts du côté grec et 6 400 du côté perse et montre que la victoire a été arrachée et non donnée comme le veut la légende. L’ouvrage se termine avec l’image de Marathon entrée dans la mémoire, une mémoire évolutive, réinterprétée, reconfigurée au fil des siècles et des besoins idéologiques.
L’auteur revient, bien sûr, sur le fameux coureur dont s’est emparé le monde du sport et en démonte le mythe. En effet, il est presque certain que celui-ci n’a pas existé et, pour ce faire, raconte la réalité avec, par exemple, le cas de Philippidès, un hémérodrome. Celui-ci fut chargé par le général Miltiade d’aller demander aux Spartiates l’envoi de leurs troupes en renfort. Il met moins de trente-six heures pour couvrir les 230 ou 250 kilomètres, pieds nus sur un terrain difficile. Il revient en deux jours annoncer le refus. De plus, les chroniques baptisent différemment, selon l’auteur, le fameux coureur mort d’épuisement.
Éric Tréguier signe un ouvrage de référence d’une grande richesse à la fois documentaire et analytique, montrant une réalité bien éloignée de la légende, du mythe.
serge perraud
Éric Tréguier, Marathon – 490, Éditions Perrin, coll. Champs de Bataille, mai 2026, 272 p. – 25,00 €.