Bonds d’âge
Je cache les mots nés de mon imaginaire et ses pelotes dans des boîtes à chaussures. J’y tiens tous les rôles : romancière de moi-même, je donne naissance à des personnages alter ego. J’y tisse des fantasmes épicés, excentriques ou formatés, des plages de jouissances, des débauches loin des normes morales et sociales. Tout devient plus erratique que les jeux d’une chatte angora dans un roman de Colette.
Mais j’écris loin de mes terres psychiques. Je les verrouille car je ne tiens pas au dehors mon monde intérieur. En ce sens, je préfère ouvrir mes jambes que mon intériorité. À dévoiler mes secrets, je risquerais de chavirer, de perdre pied dans la jungle de ma débâcle émotionnelle. J’ai besoin de mes cordages pour les maintenir en place. Ecrire devient mon bondage : il me fait jouir et me rafistole dans les eaux du secret à un âge où personne ne nous avait appris à nager. Mais c’est dans l’ombre de mes espaces clandestins de l’existence que je me sens bien.
jean-paul gavard-perret
Photo Brea Souders