Hélène Vecchiali, La Déconstruction des hommes – Une fausse bonne idée

Hélène Vecchiali, La Déconstruction des hommes – Une fausse bonne idée

Essayiste, Hélène Vecchiali relie la psychanalyse et l’intimité de ses cures à la société en son regard sur les hommes. De plus, la psychanalyse pratique ici un chemin quasiment « romanesque » (en apparence), traversé par une écriture d’un fluide accompli qui oscille – avec les mots pour dire – dans transfert de la souffrance à la clarté.
Son livre nous plonge dans une conscience plus vaste des êtres et du monde. Osant le terme souvent à la mode de déconstruction, l’auteure a su le choisir à la fois pour le tordre mais aussi pour souligner le renversement de certitudes et d’évidences. Partant du champ de ses expériences personnelles, elle ouvre une traversée des hommes et des femmes à la recherche de leurs racines et de leurs nouveaux feuillages et branches dans une écriture aussi poétique que discursive en forme d’audace et de lucidité.

Helena Vecchiali rappelle que l’homme est devenu « Le » sujet des réseaux ou médias sûr de lui, puissant mais dont elle fissure l’image. Dans ce but, elle le contrarie au moment où, sous l’effet de la diversité et du mixage des genres, le masculin semble se dissoudre à travers le porche de la féminité si bien que son étincelle vacille par sa déconstruction progressive. En conséquence, il devient fantôme, « abymé » privé de ses spectres symboliques.

En ce sens, virilité et masculinité, domination et brutalité deviennent peu à peu neutralisées. Mais l’auteure ouvre une voie plus juste, loin de l’annihilation des hommes. Entre féminin et masculin, il ne s’agit plus de se contenter de la guerre des sexes au moment où le héros classique, prince ou chevalier cultive sourdement sa masculinité clandestine sur un mode aseptisé certes indépendant et musclé, capable de devenir papa poule au passage et écrasant çà et là quelques larmichettes.

Pour l’auteure, « déconstruire les hommes » peut devenir un cliché voire un malentendu au sein de l’effacement. Hélène Vecchiali va donc ici plus loin face à la nouvelle doxa du concassage du masculin – ce qui après tout serait une bonne idée : mais il faudrait du temps pour y arriver.
D’où – et dans l’attente de cette métamorphose – le fait que demeure ici un rappel essentiel : ne peut se déconstruire ce qui n’a pas réellement produit la virilité. Dès lors, entre le machisme de jadis et la transparence espérée, se dégage peu à peu une métamorphose, une mue – quitte à passer si nécessaire aux fausses certitudes et aux meurtres symboliques (père, tout à l’ego hypertrophié).

Le livre ébauche, contre les idées d’hier et d’aujourd’hui, un masculin pacifié, et humaniste et quasi nietzschéen en quelque sorte. De plus, un tel essai devient autant une poétique (en prose) qu’une leçon de psychanalyse et de philosophie et de philologie. De fait, la femme trouve là sa propre voie par écho à un mâle élevé et un homme qui s’élève délivrant des femmes de leurs chaînes. Il se dégage lui-même de ses certitudes en son royaume d’ombres plus que de lumière. Bref, le roi est presque nu.

lire notre entretien avec l’auteure

jean-paul gavard-perret


Hélène Vecchiali, La Déconstruction des hommes – Une fausse bonne idée, Editions Tredaniel – 19,90 €.

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