Pierre Bergounioux & Joël Leick, Déplier le monde

Pierre Bergounioux & Joël Leick, Déplier le monde

Pierre Bergounioux et Joël Leick ont, ensemble, réalisé un grand nombre de livres d’artistes. Déplier le monde rassemble les textes les plus marquants et ceux qui, confinés à des tirages confidentiels, étaient jusqu’ici inédits. L’auteur y déploie un regard lucide sur notre civilisation, percutée par l’ère industrielle, son expansion urbaine et sa chute. Cette accélération de l’histoire a précipité le monde dans un déclin perpétuel.

Capharnaüm visuel et sonore, notre société transforme les paysages et menace jusqu’à l’équilibre même de la planète : partout, les vestiges du passé – et déjà du présent : « Tout a changé, les thèmes, les moyens mis en œuvre, la durée de l’effet. Une chose demeure, qui est l’aptitude intacte à saisir la beauté exilée, comme nos croyances et notre espoir, dans les décombres de la modernité. » écrit Bergougnioux. . A l’aune de ce désastre, l’art de Leick révèle la beauté insoupçonnée du banal, du rebut et de la ruine. Il dévoile les réalités occultées et les injustices enfouies. Et tandis que la philosophie interroge la place de l’homme, la nature, dans son chaos souverain, demeure indifférente.

La peinture de Joël Leick se fait parfois moirée et transparente, parfois violente dans ses transversales : dans les deux cas, une transparence particulière laisse voir les mots de l’auteur comme jamais : l’artiste et le poète ne font plus qu’un dans ce rendez-vous des voleurs de feu . Leick conçoit l’intervention réciproque de la peinture sur l’écriture comme un acte et non comme un état. Et en offrant une telle « poetry-painting-acting », il retrouve une donnée sinon fondamentale du moins première de la démarche de Bergougnioux . Sa peinture ne cherche pas à la parfaire par quelque chose de léché : elle renforce l’espace de l’imaginaire jusque dans sa fragmentation, ses éclats et ses coupes sombres. Ce qui compte n’est pas de trouver les « impossibles invariants » dont parlait Foucauld mais de toucher à quelque chose qui, dans la peinture comme dans la poésie de l’auteur, bouge.

jean-paul gavard-perret


Pierre Bergounioux & Joël Leick, Déplier le monde, Fata Morgana, 2025,80 p.-18,00 €.

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