Georges Mathieu, Geste, Vitesse, Mouvement (exposition)
Le génie farceur
Georges Mathieu (1921 – 2012), a profondément marqué la vision de l’art. Ses images abstraites, sont devenues, plus qu’un un style, un langage incarné dans ses peintures, mais aussi sur tous les supports de la modernité, de l’affiche au générique de télévision, en passant par les médailles et la monnaie. Certes, sa personnalité publique hors-norme a fait polémique, mais il a acquis une place dans la culture populaire.

Cette rétrospective est présentée plus de 50 ans après celle 1971- intitulée « Mathieu à la Monnaie, Médailles et peintures » – qui s’est tenue au même endroit en 1971. En collaboration avec le Centre Pompidou, celle-ci met en regard son œuvre picturale et ses nombreuses créations pour l’institution monétaire. Sa pièce de 10 francs reste la production la plus emblématique. Diffusée à près de 674 millions d’exemplaires entre 1974 et 1987, la réalisation de cette pièce de 10 francs lui fut confiée après qu’il eut remporté un concours auquel il se sentait « moralement condamné à participer », disait-il, puisque « la France avait les billets de banque les plus laids du monde et les pièces de monnaie les plus désuètes ».
Est notamment montrée ici pour la première fois « La Victoire de Denain », exemple magistral d’un langage plastique recourant à de larges calligraphies abstraites, animé par une vision exaltée de l’Histoire. La production du peintre comprend un grand nombre de compositions qui s’organisent le long de lignes verticales ou, plus souvent, horizontales, faisant appel à des graphismes qui peuvent évoquer un univers urbain ou industriel (plateformes de forage, grues ou tourelles de signalisation). Définie comme « période orthogonale », ce pan de l’œuvre se prête particulièrement à l’évocation du progrès technique et industriel des Trente Glorieuses.
Renonçant pour un temps à une certaine exubérance du coloris, Mathieu se livra à plusieurs reprises dans les années 1960 à de drastiques réductions chromatiques. Cette tendance est illustrée ici par la peinture « En toi te fie ». Sur un fond s’apparentant à une page blanche, un long graphisme diaphane, encadré d’un cercle et d’un rectangle approximatifs, ne s’accompagne que d’une courte barre noire et d’un point de peinture rouge. Cette monochromie est cependant tempérée par les touches de rose ou de gris sur lesquels s’enlèvent en partie les motifs. Ce qui ajoute à l’œuvre exubérante de l’œuvre un minimalisme étonnant (notamment en ses porcelaines).
jean-paul gavard-perret
Georges Mathieu, Geste, Vitesse, Mouvement, Monnaie de Paris, du 11 avril au 7 septembre 2025.