James Sacré & Daniel Dezeuze, Dialogue dans l’escalier

James Sacré & Daniel Dezeuze, Dialogue dans l’escalier

A la renverse, et pour sortir de leur maison, James Sacré peint, Daniel Dezeuze écrit. Même s’ils se copient l’un l’autre sous couvert de motif : l’escalier. C’est une double occase ou une posture (altière) pour ces émotifs. Les escaliers, ils les montent ou descendent pour presque tout y voir : de l’action, des prospectives ou programmations plastiques ou verbales. S’y mêlent bien des torsions de couleurs, de réminiscences, de regard où arpenter un escalier devient une croisade d’une architecture certes parisienne (mais pas que)..

Certes, les escaliers sont banals au plus haut point, ils sont aussi anonymes que tout passage Bref, nul n’y pense sauf quand Sacré y manque un peu de souffle. Mais ils ne sauvent pas, ils restent sous façade pour porter concours à nos politiques de déplacements. Toutefois, les deux auteurs le remarquent. Chacun à leur manière, ils réfléchissent à leur composition (pierre, bois). L’objet est généralement triste, plus emmerdant que l’ascenseur et il peut avoir mauvaise réputation, angoisse ou absence de vigilance. Les escaliers sont dangereux mais Dezeuze – sans prétendre à leur utilité présente ou passée – se sert de leurs formes. Il voit plus leurs lignes que leur profil ou raison. Et pour l’un comme pour l’autre, ils se permettent, consentants, de se défouler.

L’escalier fait donc partie des meubles et parfois d’abris collés pour l’écriture la plus large que leur étroitesse. Et preuve, comme Prigent le rappela au peintre, de l’escalier (surtout) : « Chaque dessin tend à l’idéogramme » puisque les escaliers résistent tels « des intermédiaires entre le geste et la lettre ». Montés, volés, avalés, leurs traits et surfaces jouent souvent des obliques du discours ou de la géométrie dans l’espace.

Au sujet de tels transports, Sacré oublie parfois leur fléchage et donne l’impression (ironique) de tourner en rond. Et Dezeuze lui emboîte la pas. La chute remplace la montée et pousse la tête dans les étoiles même si la première est rude. Cependant, en empalant les marches à pas lents le poète peut trouver des mots en escaliers.

Sans découvrir ni l’un ni l’autre lyrisme ou description, les deux créateurs mélangent une esthétique objectiviste. Avec l’esprit d’escalier, les deux ont une âme. Ils pensent à contre-pied sur cette structure aussi vieille du monde que le futur. Du moins tant qu’on peut le monter. Bref, il y a du peint sur leurs planches en arrondi dans certains arrondissements . Mais ils jouissent de n’importe quelles formes. En haut ou en bas et, comme la concierge, ils sont dedans.

James Sacré & Daniel Dezeuze, Dialogue dans l’escalier, Méridianes Editions (Montpellier), 2024, 32 p. – 20,00 €.

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