Jacques Lob, Gotlib, Lefred-Thouron, Solé — Superdupont, t.7 : “In Vitro Véritas”

Une paro­die de Superman

En 1972, Jacques Lob et Got­lib décident de créer un super-héros cent pour cent fran­çais qu’ils bap­tisent Super­du­pont, un super­man paro­dique. Ils le dotent de tous les sym­boles et attri­buts cen­sés repré­sen­ter le Fran­çais : le béret, les cha­ren­taises, le Mar­cel, la cein­ture de fla­nelle tenue par une épingle de nour­rice… Il a pour mis­sion la défense la culture fran­çaise. Il est régu­liè­re­ment en guerre contre un mou­ve­ment ter­ro­riste, connu sous le nom de l’Anti-France, qui a pour but de détruire l’Hexagone. Pra­ti­quant le patrio­tisme dans tous les domaines, tant celui des idées que celui des actes il prêche l’achat et la consom­ma­tion de pro­duits fran­çais comme le camem­bert, le vin rouge… Il rejette l’idée de l’Euro et même, pour l’encrage de ses planches, l’usage de l’encre de chine.

Après une longue absence, Got­lib, assisté de Lefred-Thouron, reprend les aven­tures du super­hé­ros pour la revue Fluide Gla­cial. Le pré­sent album, qui porte le dos­sard numéro 7, com­pile autour d’In Vitro Véri­tas, une his­toire com­plète, un flo­ri­lège d’histoires courtes d’une ou deux planches de gags déjà parues en revue. L’histoire prin­ci­pale débute lorsque Super­du­pont, rageant de ne pou­voir écou­ter des chan­sons fran­çaises à la TSF, frappe le poste. Il capte une émis­sion où Bri­gitte reçoit les confi­dences d’auditeurs. Il entend alors Geor­gette Dou­blansky, sa bien-aimée, qui déclare vou­loir un enfant. Il vole jusqu’à la For­te­resse des Filles Per­dues où elle est enfer­mée depuis la der­nière aven­ture. Elle le presse tant et si bien qu’il ren­contre la Garde des sceaux pour obte­nir que Geor­gette puisse enfan­ter dans sa pri­son. Mais en se docu­men­tant sur l’éducation des enfants, il prend conscience d’une ano­ma­lie qui risque d’être fatale au pays en cas de conflit…

La paro­die, ou imi­ta­tion bur­lesque, inclut une large part d’humour. Les auteurs ne s’en privent pas. Ils jouent avec toutes les formes, allant de la malice bon enfant, de la plai­san­te­rie de potache, à une iro­nie noire, voire très noire, en pas­sant par le trait inci­sif. Cepen­dant, les auteurs dépassent le côté cari­ca­tu­ral par un second degré, voire un troi­sième, et donnent une dimen­sion véri­table à ce héros et à ses aven­tures. Le trait de Jean Solé, son des­sin réa­liste d’une grande rigueur, emprunte aux canons des Comics, repre­nant les pro­por­tions des super­hé­ros et les formes géné­reuses des héroïnes. Mais, outre la paro­die sur le super­hé­ros, les auteurs s’inspirent de per­son­nages connus, emprun­tant tout ce qui consti­tue la culture popu­laire. Il faut être atten­tif car chaque vignette recèle des détails amu­sants, des res­sem­blances frap­pantes. Cette com­pi­la­tion de planches réa­li­sées dans les années 2009–2010 per­met de retrou­ver la verve d’auteurs talen­tueux en un seul album.

serge per­raud

Jacques Lob, Got­lib, Lefred-Thouron (scé­na­rii), Jean Solé (des­sin), Ruby, Julien CDM, Ngam (cou­leurs), Super­du­pont, tome 7 : “In Vitro Véri­tas”, Fluide Gla­cial, jan­vier 2014, 48 p. – 10,80 €.

Leave a Comment

Filed under Bande dessinée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>