Lacrima (Caroline Guiela Nguyen)

Lacrima (Caroline Guiela Nguyen)

© Jean-Louis Fernandez

Dentelle de larmes ou la broderie à bout de souffle

Dans un atelier de couture spacieux, écrin précieux d’allure un peu bonbonnière, se trouvent différentes tables, stations de travail. Un dialogue par écran interposé témoigne d’une tension, d’une urgence inhabituelles : un médecin fait face à une tentative de suicide. 

On assiste ensuite à la présentation du travail, sous la forme de l’exploration de chacune des phases de la confection d’un projet hors normes, dont l’objet exige le secret. L’activité prend une dimension solennelle: toute personne qui y prend part s’y voue corps et âme. L’importance de l’enjeu impose des normes drastiques d’éthique et de confidentialité.
La tension monte au fil de l’avancement du travail. Le stress provoque des conflits familiaux au sein de l’équipe. Il est matérialisé par le son parfois assourdissant des battements de cœur. Les contraintes techniques se multiplient, au risque de menacer l’édifice en sa clef de voûte, la Première d’atelier. Chaque dentellière transmet aux successeuses le rythme du souffle, comme pour incorporer l’inspiration, pour lutter contre l’asphyxie sociale.

Il s’agit de donner à voir et à ressentir les étapes d’une élaboration collective complexe. Caroline Guiela NGuyen est une narratrice efficace : elle sait brosser un documentaire de chair et de souffle, tenir en haleine, élaborer une trame qui emporte en interrogeant. L’autrice de la pièce réunit une troupe émouvante et efficace de comédiens et de professionnels pour la première fois sur scène ; elle sait tisser du « commun » dans ce collectif de tous les âges de tous les corps de tous les pays.
L’art des dentellières est mis en valeur par une émission qui offre quelques minutes de satisfaction dérisoire, standardisée, en compensation d’années de dévouement jusqu’au sacrifice de ses organes. Les fils de l’ouvrage traversent le temps et fragilisent les filles de douleur ainsi que les opérateurs indiens pourtant soumis à des normes éthiques qui ne pourront être respectées.

Le propos ne cesse de questionner la valeur, la futilité de la magnificence, l’invisibilité des opérateurs et opératrices du faste. Il en est comme si ce qui fait le caractère précieux de l’apparat devait coûter en détresse, voire en destruction inscrites dans la chair.
Le spectacle, tendu et dynamique, s’affiche finalement militant en constituant une mise en perspective édifiante d’un caprice de cour.

christophe giolito & anne-laure benharrosch

 

Lacrima 

texte et mise en scène Caroline Guiela Nguyen 
en français, avec des scènes en tamoul, anglais, langue des signes, surtitré 

avec Dan Artus, Dinah Bellity, Natasha Cashman, Michèle Goddet, Charles Vinoth Irudhayaraj, Anaele Jan Kerguistel, Maud Le Grevellec, Liliane Lipau, Nanii, Rajarajeswari Parisot, Vasanth Selvam
et en vidéo Nadia Bourgeois, Charles Schera, Fleur Sulmont
et avec les voix de Louise Marcia Blévins, Béatrice Dedieu, David Geselson, Kathy Packianathan, Jessica Savage-Hanford.

Collaboration artistique Paola Secret ; scénographie Alice Duchange ; costumes Benjamin Moreau ; lumière Mathilde Chamoux, Jérémie Papin ; son Antoine Richard en collaboration avec Thibaut Farineau ; musiques originales Jean-Baptiste Cognet, Teddy Gauliat-Pitois, Antoine Richard ; vidéo Jérémie Scheidler ; motion design Marina Masquelier ; coiffures, postiches, maquillage Émilie Vuez, casting Lola Diane.

Au Théâtre de l’Odéon Ateliers Berthier 1, rue André Suarès 75017 Paris

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h.

relâches les lundis et les dimanches 12 et 26 janvier

en français, avec des scènes en tamoul, anglais, langue des signes, surtitré.

Dispositif de surtitrage Panthea Pour plus d’accessibilité, un dispositif de lunettes de réalité augmentée est testé sur Lacrima : il offre un surtitrage en français, anglais, allemand, italien, ainsi qu’une audio-description, une traduction en LSF. Ces 6 possibilités seront donc simultanément accessibles, selon le choix du spectateur, les vendredis 10, 17, 24, 31 janvier et le dimanche 19 janvier.

Production Théâtre national de Strasbourg
coproduction Festival TransAmériques (Montréal), Comédie de Reims – centre dramatique national, Points communs – nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise, Théâtres de la ville de Luxembourg, Centro Dramático Nacional (Madrid), Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa (Milan), Wiener Festwochen – Freie Republik Vienne, Théâtre de Liège, Théâtre national de Bretagne – Rennes, Festival d’Avignon, Les Hommes Approximatifs

Avec le concours de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Théâtre Ouvert – centre national des dramaturgies contemporaines, Maison Jacques Copeau, musée des Beaux-arts et de la Dentelle d’Alençon et l’Atelier-Conservatoire national du Point d’Alençon, Institut Français de New Delhi, Alliance française de Mumbai

Lacrima de Caroline Guiela Nguyen, éditions Actes Sud, juin 2024. Création mai 2024.

Tournée 2025 13 au 21 février – Les Célestins (Lyon) 26 au 28 février – Théâtre national de Bretagne (Rennes) 14 et 15 mars – Théâtres de la Ville (Luxembourg) 20 et 21 mars – Théâtre de Liège (Belgique) 28 au 30 mars – Centro Dramático Nacional (Madrid, Espagne) 22 au 25 mai – Festival TransAmériques (Montréal, Canada) 30 mai au 1er juin – Carrefour international de théâtre (Québec, Canada).

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