Florence Cestac, Le démon de mamie ou la sénescence enchantée
Les joies et les tracas de la vieillesse
Lorsque paraît Le Démon de midi ou le changement d’herbage réjouit les veaux, Florence Cestac fait sensation car une femme osait exposer les vécus dus à son âge. Depuis, elle poursuit presque tous les dix ans des points d’étapes dans la série qu’elle a baptisée Les démons de l’existence. Après Le Démon d’après-midi, Le démon du soir où la ménopause héroïque, elle fait paraître ce nouveau tome où Noémie, son héroïne allégorique ,le double de papier de l’auteure, aborde le statut de grand-mère.
Elle croque avec appétit l’existence de ces mamies sous tous les angles, ne s’autorisant aucune censure. C’est la confrontation avec les petits-enfants, depuis la naissance jusqu’à l’aube de l’adolescence. C’est la découverte effarée quand elle mesure que le bébé est devenu un consommateur effréné même s’il ne s’en rend pas compte. Elle dresse, en deux planches, tout ce que des parents achètent à un nouveau-né moderne.
Puis c’est le moment où le bébé devient un bambin et qu’il commence à imposer ses vues. Elle passe alors aux relations avec ses propres parents qui sont en bout de course et qui ne la reconnaissent pas. Mais, il faut garder une vie sociale, faire des activités, du sport pour entretenir ce corps qui se délite. Ce sont aussi les rencontres, la recherche d’un partenaire et la sexualité, les approches souvent grossières, les défaillances physiques…
Le terme de sénescence est emprunté à une citation d’un gérontologue, citation reprise par Simone de Beauvoir dans son essai La Vieillesse. Avec un humour corrosif mais pétillant, Cestac met en scène des situations qui sont difficiles à vivre, militant pour le droit de mourir dans la dignité. Elle assure son graphisme si particulier, ses traits ronds, terriblement expressif.
Avec cet album, Florence Cestac expose des grands moments d’une partie de l’existence qui n’est pas spécialement réjouissante. Mais elle le fait avec une approche si pertinente, si cocasse, qu’elle en gomme tous les aspects déplaisants en faisant affleurer la tendresse, la douceur.
serge perraud
Florence Cestac, Le démon de mamie ou la sénescence enchantée, Dargaud, janvier 2025, 64 p. – 17,00 €.