Lambert Castellani, Grabide
Dans ce texte de poésie expérimentale, Lambert Castellanie tricote et détricote la grossophobie avec l’inventaire de situations d’ostracisme. Existent par ce biais les certitudes réactionnaires d’une époque qui stigmatise avec arrogance, sous le vocable de Wokisme, un « autre » qui lutte contre toute discrimination mais sachant « qu’hier c’était déjà recuit ».
Néanmoins, l’auteur par un sentiment de puissance textuelle (et pas que) marche violemment contre le logos pour que les lecteurs habituels puissent s’en s’écarter. Surgit une Action Poétique qui interroge aussi la nécessité formelle distinguée de la poésie. Non qu’elle doive disparaître. L’auteur relève l’idée que le poète contemporain trouve un « repons » à la culture et lecture traditionnelles.
C’est aussi une belle manière de vaincre l’ennui, balayant d’un revers de la manche ce qu’il pourrait nommer une Querelle des Anciens et des Modernes. Spécialiste du « gros », Castellani ouvre la clé de l’émancipation sans enfermer la poésie dans des certitudes métaphysiques, politiques, affectives et sociales ni dans un style « poncé ».
Avec un effort, tout lecteur ne peut manquer d’éprouver un besoin de béquille. Mais on pourra repenser au mystérieux sixain de Guillaume d’Aquitaine qui énonce : « Ferai des vers de pur néant ». L’auteur nous renvoie un tel fourreau et son contrepoint adipeux. Les structures et placages du texte sont eux-mêmes proposition d’interprétation.
jean-paul gavard-perret
Lambert Castellani, Grabide, Atelier de l’Agneau, St-Quentin-de-Caplong, 2024,92 p.- 18,00 €.
