Mathias Lair, Il n’est pas vrai que les pierres soient mortes
Face à la splendide indifférence
Mathias Lair fait retour, mais non sur son passé (comme beaucoup trop de poètes) car pas question pour lui de caresser la nostalgie. Il se veut en quelque sorte celui qui selon Jésus est un nouveau Pierre. Certes, il ne fonde pas le monde mais lorgne au besoin les temples de congrégation à tel point qu’il devient une sorte de « cave » – du Vatican.
Ce qui l’intéresse, c’est de sanctifier non la parole (elle s’envole) mais la matérialité (elle reste). Il découvre la minéralité du monde qu’on croyait déjà ce qu eCamus nomma « splendide indifférente ».
En rien gourou, il peut sans doute recueillir les clitoris de silex rouge. Sophiste plus que rhéto-Ricoeur, il est aussi roi nu qui sait par qui le langage se fabrique. Géologue et poète qui puise sans doute entre autres ses racines dans le chamanisme africain, voire les œuvres de Borgès, les deux Malcolm Lowry et Chazal et Pérec, il invente la connaissance de l’univers.
Se transforment par son entropie nouvelle les règnes minéraux pour sortir de notre prison mentale. Mathias Lair s’enrichit d’un nouvel œil dont les mystère jusqu’au béton ou aux concasseurs s ne s’épuisent pas. Comme un Lacan, « l’âme a tiers » traque l’obscure clarté pour l’apparence afin de repartir de plus belle vers l’humain.
Ce qui fut gravé dans la mémoire est tiré parfois dans des tombes célèbres, mais l’ambre jusqu’aux galets prolonge une vision extatique et tendrement drôle. A travers ses images, cet ordre premier fait briller nos sens depuis des chemins de traverses, déserts ou gravats. Les divers types de pierres deviennent ses « phares » baudelairiens.
Preuve que, pour celui qui sait regarder l’énigme du monde par les pierres, les mots de Lair en jaillissent. Prospecteur à sa manière, il crée une poésie nouvelle où le néo est lithique par l’onyx, la tourmaline, etc., jusqu’à la pierre du bismuth.
jean-paul gavard-perret
Mathias Lair, Il n’est pas vrai que les pierres soient mortes, Les Lieux dits Editions, Strasbourg, 2024, 70 p. – 12,00 €.