Michel Quint, Sur les trois heures après dîner

Michel Quint, Sur les trois heures après dîner

Un livre manège où tourbillonnent les sentiments, jusqu’à l’ivresse

Michel Quint, Sur les trois heures après dînerCe bref roman se déroule le temps d’une année scolaire, de septembre à mai. Entre les deux, l’amour, la mort, la vie. Rien que ça et bien plus. Cent pages de fureur, de passion, de doute, de désespoir… Un livre manège où tourbillonnent les sentiments, jusqu’à l’ivresse.
 
Rachel a dix-neuf ans. Elle porte un prénom de tragédienne et suit des cours de théâtre en terminale. Après deux années de Combet, un mou de veau résigné, un animal sans préférences ni décisions artistiques, on espérait la venue du Messie. Le Messie s’appelle Thomas Bertin, Et le soleil s’est couché sur le reste de l’univers. Rachel est foudroyée sur place sous le regard de tous y compris celui du principal intéressé et de son épouse Babette. Quant à Thomas, est-il sincèrement amoureux ou joue-t-il simplement le Pygmalion ébloui par le talent prometteur de la jeune fille ?
 
Pour la présentation de fin d’année, Rachel répète le rôle de Roxane avec son ami Kader, jalousement épris de la jeune fille. Mais le drame ne se joue pas uniquement sur scène et deux mois plus tard, Thomas est terrassé par une hémorragie cérébrale. À la surprise générale, Rachel qui ne se résout pas à voir l’homme qu’elle aime diminué, se propose de s’occuper de sa rééducation. Babette accepte, malgré le danger de la situation, car elle se sent incapable d’un pareil dévouement.
 
Pour Rachel, débute un douloureux cheminement. Non seulement elle doit composer avec ses propres sentiments mais aussi avec les personnes qui l’entourent : ses parents d’abord qui refusent sa vocation d’actrice et sont choqués par sa « liaison » avec un professeur, les autres élèves qui la jugent également et l’ennemie, Babette, qui dit être enceinte mais dont le ventre ne semble guère s’arrondir. Et puis il y a les cours de théâtre qui rythment l’histoire, donnant un relief particulier à la valse des sentiments et l’auteur d’Effroyables jardins apporte ici son expérience de l’art dramatique et une vérité poignante aux scènes de répétitions. Les caractères s’affirment, les cœurs sont mis à nu et il semble que la sincérité éclate bien mieux sur scène que dans la vie.
 
Inutile d’expliciter dans ces lignes l’étrangeté du titre Sur les trois heures après dîner, symbole de tous les balbutiements. Il fait partie intégrante du roman et de l’écriture bouleversante et charnelle de Michel Quint qui nous laisse à bout de souffle et d’émerveillement. Un très beau livre, vraiment.

patricia chatel

Michel Quint, Sur les trois heures après dîner, Gallimard Jeunesse (coll. : « Scripto »), février 2009. 112 p.- 7 €. A partir de 15 ans. 

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