Zéno Bianu & Corinne Atlan, Haikus d’automne et d’hiver
Maître – peut-être le plus haut – des poètes contemporains, Zéno Bianu possède – entre autres – deux qualités : le refus d’une poésie de la peine, de la souffrance et du délétère. D’autre part, il est ambassadeur de cette forme très particulière (car plus de fond qu’elle-même) : le Haiku.
Zeno Bianu – accompagnée de Corinne Atlan – récidive après et dans cette collection « Haikus de printemps et d’été » ceux d’ « Automne et d’hiver ». Nous retrouvons ceux qui en sont les princes tutélaires : Bashô, Buson, Issa ou Ryokan. Mais dans de telles traductions, les auteurs français ne se cherchent pas du « photo à photo » mais une relation de paysage à humain, avec – même au sein des diverses règles du Haikus – des actes de respirations avec des yeux et une culture différente que celle des auteurs originaux. De chaque poème japonais existe un nouveau souffle.
Le tout sans oublier dans ce livre l’introduction. Elle possède autant d’impact que les traductions. Zéno est lui-même Le Poète : il retourne cent fois – pour défaire à lui, à l’autre, au monde, – le pas ou le trop fait. Dans cette poétique en introduction comme en action, les deux auteurs ni ne calquent, ni ne décalquent. Inspiré par la philosophie et poésie japonaises, Bianu sait que, au delà de ce qu’elles « font », les choses sont vides de nature propre, pas plus existantes que non existantes.
Néanmoins, le sens de l’observation (certes du dehors mais aussi du dedans) n’est pas induit par l’égotisme. Chaque poème réuni ici résonne par sa simplicité et son mystère des phénomènes qui affectent non la nature mais la nôtre. Pour cela, il faut être pour accueillir les « choses » concrètes ou abstraites qui font que l’une d’elles nous arrive dénuée de tout concept pour faire place au merveilleux « là / tout simplement / sous la neige qui tombe » (Bashô) : son odeur (comme celle de la pluie) nous prend.
Ce petit livre est un trésor.
jean-paul gavard-perret
Zéno Bianu & Corinne Atlan, Haikus d’automne et d’hiver, Gallimard, coll. Folio Sagesse, Paris, 112 p. – 3,50 €.
