Yves Sente & Laurent Verron, Mademoiselle J – t.04 : « Le bonheur de dire Maman »
Quelle belle héroïne…
Juliette de Sainteloi a vécu des aventures trépidantes, allant jusqu’en URSS pour sauver une amie. Après la Seconde Guerre mondiale, elle couvre nombre d’événements historiques. Entre chaque reportage, outre des articles fouillés pour la presse, elle écrit des livres qui rencontrent le succès, qu’elle signe Mademoiselle J.
Alors que Juliette dédicace son nouveau roman dans une librairie parisienne, une jeune religieuse vietnamienne, appartenant à la congrégation des Amantes de la Croix, se sait suivie par des agents du Viet Minh. En passant devant l’affiche annonçant l’événement, avec une photo de Juliette, elle est frappée par la ressemblance. Elle entre, achète un exemplaire, et au moment de lui parler, la jeune religieuse voit un homme qui arrive. Elle simule une maladresse et fuit par l’arrière de la librairie. L’homme entre, bouscule la vendeuse, et se précipite pour constater qu’il n’y a plus personne. Elle lui a échappé.
Juliette trouve une enveloppe dans son sac avec le nom d’une destinataire griffonnée à la va-vite. Elle se souvient du nom de la congrégation et s’y rend. La Supérieure reste assez laconique, ce qui titille Juliette. C’est à ce moment qu’elle retrouve son médecin qui lui délivre une information relative à sa mère, information sous forme d’une carte postale, qu’il a cachée à la demande du père de Juliette.
Commence alors une quête qui va mener l’héroïne jusqu’au Vietnam où l’attendent de nombreuses surprises…
Avec Mademoiselle J, le scénariste met en valeur une belle héroïne évoluant dans la période autour et pendant la Seconde Guerre mondiale. À travers les aventures tourmentées de la jeune femme – quarante ans est la plénitude -, il fait revivre des faits historiques d’une grande intensité et décrit les recherches que peuvent mener des enfants en quête de leur passé.
Pour cet album, il installe une partie de son intrigue autour de la date fatidique du 18 mai 1955 quand le Viet Minh verrouille le Nord-Vietnam. Les accords de Genève en 1954 ont scellé la paix en Indochine, divisant le pays en deux, Le Nord et le Sud. Il est institué une période de trois cents jours pendant laquelle les Vietnamiens peuvent choisir librement leur lieu de résidence. Un million de personnes fuient le Nord contre cinquante mille qui quittent le Sud. Cette migration massive fait réagir le régime communiste qui bloque les routes, n’autorisant que de rares points de passage. Yves Sente conjugue ces faits avec les enfants abandonnés et des révélations familiales pour l’héroïne quant à l’existence de sa mère.
Laurent Verron et Isabelle Rabarot assure un graphisme dynamique et d’une belle précision.
Le dessin est ravissant et généreux. L’expressivité des visages est superbement rendue ainsi que les attitudes des protagonistes. Les planches témoignent de recherches approfondies pour le cadre général, pour les décors, faisant revivre une année 1955 comme si le lecteur s’y trouvait. Il faut saluer le magnifique travail de colorisation d’Isabelle Rabarot, qui offre des clairs-obscurs particulièrement réussis.
Yves Sente concocte un scénario singulièrement travaillé, entrecroisant avec maestria des faits historiques, des sentiments, des émotions, faisant monter une forte tension, le tout superbement illustré par un duo de talents.
serge perraud
Yves Sente (scénario), Laurent Verron (dessin) & Isabelle Rabarot (couleurs), Mademoiselle J – t.04 : « Le bonheur de dire Maman« , Dupuis, coll. Grand Public, octobre 2025, 64 p. – 16,95 €.