Yves Ravey, Trois jours chez ma tante

Yves Ravey, Trois jours chez ma tante

Trémolos et sourires

Pas de réduction de virement mensuel ni de « déshéritage » : tel est l’ordre de marche de celui que sa tante fortunée convoque afin de lui annoncer une décision drastique. Le neveu refuse une telle conduite vagabonde, tamponneuse, morcelante. Sa boulimie de descendant prodigue ne peut supporter les dérives de l’ancêtre et l’embarras qu’elle entraîne.
Là où Ravey est fort, c’est pour le ton et la stratégie de son livre : celui-ci – et comme son héros – se veut sans hargne, ni rage sinon lorsqu’elles avancent dans l’art de l’esquive et un entêtement élastique. Ce qui n’empêche pas les enfantillages déclencheurs de vivacité. D’où cet impromptu lyonnais où chacun – dame de compagnie comprise – a le don du harcèlement afin de tenter de minimiser obstacles et interférences.

Chacun invente échappatoires, relances d’impromptus, emballements fallacieux, noyages de poissons. On laissera bien sûr au lecteur le plaisir du dénouement là où, grâce à Ravey, celui-là fait toujours face à ce qui lui échappe.
L’auteur, comme ses personnages, a le goût de l’écharpe et de l’esquive. Chaque court chapitre porte la trace de ce qui semble frôlé, happé ou égaré (provisoirement). Bref, Ravey perdure dans la technique de l’indénichable. Il sait combler une béance, fortifier un vide ou faire sortir des lapins de son chapeau de magicien littéraire.

jean-paul gavard-perret

Yves Ravey,  Trois jours chez ma tante, Les editions de Minuit, 2017, 192 p. – 15,00 €.

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