Yves Chiron, Nouvelle histoire du concile Vatican II

Yves Chiron, Nouvelle histoire du concile Vatican II

Le concile Vatican II, clôturé par Paul VI il y a tout juste soixante ans, n’en finit pas de faire couler de l’encre et de diviser le monde catholique. Concile de continuité ou de rupture ? Peu appliqué ou mal appliqué, ou alors détourné ? Une pleine réussite ou un échec calamiteux ? Pour y voir plus clair et pour mieux juger sur pièces, il faut se plonger dans l’étude, très documentée, d’Yves Chiron.

Au-delà des racines anciennes d’un projet de concile déjà pensé par Pie XI, Yves Chiron décrit un contexte bien précis de la convocation du concile, celui de la fin des années 1950, de la révolution profonde secouant les sociétés occidentales et au-delà, de l’optimisme vibrant des années 1960 alimentant la certitude d’une nouvelle Pentecôte, et enfin de la médiatisation galopante qui transforma tout un chacun en un membre de la grand réunion romaine. Il exista ce que Yves Chiron appelle un péri-concile qui, avant et pendant le concile proprement dit, rassembla religieux, experts et journalistes avec des programmes d’action bien définis.

Trois sessions poncturèrent les années du concile, avec des périodes d’intercessions riches en réflexions et en évènements, sous l’autorité de Jean XXIII, puis de Paul VI, pape interventionniste, qui finit par décevoir les tenants de l’audace conciliaire, groupés derrière le groupe des cardinaux rhénans, influents et déterminés. « Nous espérions un printemps, nous avons eu une tempête », reconnut le pape Montini plus tard.
Tous les points de réforme sont étudiés avec minutie par Yves Chiron qui montre avec clarté les débats et les fractures autour de questions fondamentales comme la liturgie, la liberté religieuse, la collégialité, les relations avec les chrétiens séparés et les non-chrétiens, le tout avec le détachement qui sied à l’historien.

Quelques points apparaissent avec netteté : la volonté d’en finir avec l’Eglise tridentine (le P. Congar parla de la révolution d’Octobre de l’Eglise), l’abandon de toute idée de condamnation, y compris du communisme persécuteur, le poids de la démarche œcuménique et, il faut bien le dire, l’influence des observateurs protestants sur bon nombre de réformes (reconnue par Paul VI lui-même qui affirma : « Les protestants sont devenus nos maîtres »).

Grâce à ce livre très utile, chacun pourra construire son jugement sur cet évènement qui, qu’on le veuille ou non, a transformé l’Eglise. Yves Chiron, d’ailleurs, revient sur l’après-concile et sa difficile mise en œuvre qui affecta tant Paul VI. L’Eglise en est-elle sortie ? Rien n’est moins sûr…

Yves Chiron, Nouvelle histoire du concile Vatican II, Artège, septembre 2025, 319 p. – 22.90 €.

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