Yves Arauxo, Un idiot devant l’étang
Pour que ces mots parlent encore plus fort et afin de distribuer leur sagesse particulière, Yves Arauxo refuse de les tasser. Son économie est celle du court fragment voire de l’aphorisme.
C’est comme s’il lançait des paroles en l’air pour mieux les ramasser car ce qu’il écrit nous est précieux. Pour preuve, un seul exemple permet de comprendre la vérité implicite d’un tel livre : « Qui a dit qu’il fallait faire quelque chose, qu’il fallait être quelqu’un ? Dans le jardin les arbres ont poussé ». Si bien qu’ici métaphores et litotes font le travail.
La langue qui se prête à trop d’éloquence, l’auteur l’épure avec humour dans le moindre comme l’essentiel là où il s’agit moins d’émerger du français à proprement parler que de l’ « Horizon vide du à dire » (Huserl) qui reste le vrai sujet de la littérature.
Plutôt que de le remplir, Arauxo en redessine les contours. Et le langage crée le concret qui échappe au pur rationnel afin de créer du sens imprévu par le mouvement. L’auteur, de ce fait ne raye pas le monde mais en grave les seuils volatiles qui nous échappent.
Voilà enfin une écriture active qui sous couvert de distraire la pensée en propose des défis.
jean-paul gavard-perret
Yves Arauxo, Un idiot devant l’étang, Cactus inébranlable éditions, 2023, 60 p. – 12,00 €.
