Ymy Nigris, Chaque jour est un bon jour
Du Mont Fuji
Dans ce livre, le photographe Ymy Nigris shoote des instants du Fujiyama. Le but est de montrer l’élasticité du temps là où il ne s’agit plus de dévoiler le portrait d’une montagne qui, comme les sommets les plus hauts, fait le lien entre le ciel et la terre, mais d’offrir une pensée, une émotion ou un sens esthétique des images, sur leur acte de les créer et aussi leur au-delà.
Comme l’ écrit le photographe, « le Mont Fuji était d’abord prétexte à observer l’éphémère des saisons. Mettre en conversation l’immobilité et la transformation de son environnement. Puis c’est devenu un travail cherchant à exprimer un koan zen (le titre de la série), cela s’est transformé en rituel photographique. » De plus, le Mont Fuji fait d’autant « signe » qu’il est lui-même un symbole zen et shintoïste en lien avec l’observation de la nature. S’inscrivant dans une tradition, le photographe refuse d’accentuer cette montagne avec « du » symbolique. Il l’a montré de façon non esthétisante.
L’objectif est donc tel quel pour montrer sa vie et prendre à contre-pied toute l’histoire de l’art liée à la représentation de cette montagne. Se crée un sentiment d’intimité avec elle et la tension que forme le poids de ce volcan. Au fil des pages le sujet se répète, pourtant nulle image n’est semblable. Chaque prise de vue, chaque imprégnation porte sa propre intensité.
Le titre du live vient du message du Kôan où l’un l’un de ses disciples demanda au moine Yunmen : « que faire lorsque la tâche est difficile ? » et qu’il répondit : « chaque jour est un bon jour ». Bref et comme le précise d’Ymy Nigris : « Ce kôan prône le détachement d’un jugement de valeur sur la journée pour l’accepter telle qu’elle l’est. ». D’autant que, pour lui, dans le passage du temps, il n’y a pas de moment favorable ou défavorable. Et il précise que de telles évaluations sont dans un esprit, et s’il est juste, il ne devrait y avoir aucune mauvaise journée quel que soit le temps. Si bien que chaque jour est une bénédiction, une opportunité pour l’éveil ou pour améliorer ses compétences.
Quant au kôan, il est ici représenté par un détachement du bon moment pour photographier et peu importe ce qu’il y avait dans l’environnement du volcan en face de l’artiste. De telles prises sont donc une proposition au regardeur pour réfléchir à son rapport au « tel-quel » de ce lieu. Certains peuvent définir ce travail sériel comme un romantisme de la nature et un éloge de la beauté naturelle. Mais c’est bien plutôt accepter l’image du lieu sans fléchage orienté.
Ici, la pratique de la chambre photographique implique certes des accidents. Mais c’est en plus un éloge de l’imperfection et encore une manière d’accepter le moment. Bref et pour résumer, « Chaque photographie est une bonne photographie. / Chaque moment est un bon moment. / Chaque jour est un bon jour. », rappelle d’Ymy Nigris.
jean-paul gavard-perret
Ymy Nigris, Chaque jour est un bon jour, Corridor Elephant Editions, Paris, 2025, 88 p.