Yann Le Bohec, Spartacus, chef de guerre
Spartacus n’était pas marxiste
Le nom de Spartacus est très connu mais le personnage l’est-il ? En réalité non. D’où l’intérêt du livre que le grand spécialiste de l’Antiquité romaine Yann Le Bohec lui consacre. Ecrire une biographie du chef des esclaves révoltés constitue une sorte de défi car, entre le manque de sources directes et les multiples interprétations historiographiques de la révolte (avec une forte dominante marxiste), il peut s’avérer difficile d’y voir clair.
Yann Le Bohec navigue entre plusieurs écueils pour tenter de tracer un portrait le plus juste possible. Spartacus est donc un Thrace devenu esclave suite à une rafle, jeté dans l’enfer de l’univers des gladiateurs à Capoue. Avec plusieurs compagnons, il se révolte non pas pour la libération des esclaves, la fin de l’esclavage ou le bonheur de l’humanité, mais pour rentrer chez lui. Tout simplement.
Spartacus se révèle alors un redoutable chef de guerre, et c’est là un apport important de l’étude. Il parvient à contenir les troupes que Rome dépêche contre lui, à naviguer du nord au sud de la péninsule. Loin d’être un bienfaiteur de l’humanité, il laisse ses troupes piller, ravager, voler, violer selon les lois en vigueur à l’époque. Il meurt les armes à la main car il n’y avait en fait pas d’autres issues. Jamais les Romains n’auraient accepté de laisser une telle entreprise réussir.
L’étude de Yann Le Bohec est en fin de compte un bel exemple d’une analyse historique désidéologisée qui procède à une lecture rigoureuse et scientifique des sources à la disposition du chercheur. C’est ce qui en rend la lecture très intéressante et instructive.
frederic le moal
Yann Le Bohec, Spartacus, chef de guerre, Tallandier, janvier 2016, 219 p. – 17,90 €.