Wurm / Dufaux, Les Rochester – Tome 3 : « La Liste Victoria »
Un troisième tome dans la lignée des précédents : élégamment stylé… et plein d’humour
British style
Dans un petit avant-propos teinté d’humour et saupoudré de poésie, Jean Dufaux présente les Rochester mais précise qu’il n’est point besoin d’avoir lu les [deux] volumes précédents pour s’y retrouver. Peu importe en effet de savoir qui sont lady Elza Rochester et Jack Lord, ou quelle est la nature exacte de leurs relations pour comprendre ce dont il retourne dans ce troisième tome. Une petite fille nommée Victoria ne laisse pas d’inquiéter son père et sa tante : depuis la mort de sa mère, elle passe toutes ses matinées à lire les journaux, page après page, jusqu’à ce qu’elle coche un nom. D’abord des noms de lévriers de course gagnants. Puis le nom d’une femme qui est retrouvée pendue chez elle. C’est ensuite l’horaire d’un train pour Cardiff… qui déraille le lendemain. Antony Bellock, qui connaît bien le père de la fillette, demande à son ami Jack Lord de l’aider à résoudre cette curieuse affaire à laquelle est mêlé un bien inquiétant voyant.
Il serait malgré tout faux de dire que l’on a affaire à une bande dessinée fantastique. Certes l’étrange est présent, mais la manière dont il est traité et l’ambiance générale qui l’entoure le désamorcent en quelque sorte. Ainsi suit-on de près, parallèlement à l’enquête menée autour de Victoria, les diverses manœuvres tentés par Jack pour reconquérir lady Elza – tentatives supervisées par Feet, un drôle de vagabond qui a toujours le conseil sur la main. Mais son aide n’est pas toujours à la hauteur de ce qu’il avait annoncé, et cela nous vaut des scènes particulièrement savoureuses – tel ce « dîner aux chandelles » dans un authentique restaurant russe… et puis il y a cet humour pince-sans-rire que l’on découvre au détour de certaines répliques.
Tout cela, baignant dans un paysage londonien hésitant entre verdure et hiver, génère une
atmosphère un peu décalée – typiquement british, diront certains – dont la singularité est accentuée par le dessin de Wurms. Sa manière de styliser le réel n’est pas sans rappeler celle d’E.P Jacobs, mais s’en démarque notamment par le traitement des yeux, plus détaillés, ce qui lui permet de jouer avec beaucoup de finesse sur l’expressivité des regards. Les couleurs, brillantes, sont travaillée avec soin et montrent souvent des dégradés d’une grande subtilité. Mais les ombrages ont hélas tendance à se transformer en plaques disgracieuses sur certains visages. L’ensemble reste néanmoins d’une très belle harmonie graphique, renforcée par la police des caractères et la forme rectangulaire des bulles.
La Liste Victoria se lit comme on aspire une bouffée d’air pur : avec une paisible volupté…
isabelle roche
![]() |
||
|
Wurm (dessin) / Dufaux (scénario), Les Rochester – Tome 3 : « La Liste Victoria », Dupuis « Repérages », 2004, 48 p. – 9,50 €. |
||
