Werner Schwab, La ravissante ronde
Réadaptation délirante et grinçante de la pièce de Schnitzler, La ravissante ronde en sacrifie la suggestive légèreté pour offrir une grotesque fête verbale profuse et décapante
Si Max Opphuls a repris ce ravissant et mordant texte de Schnitzler pour le transposer au cinéma, c’était avec une orientation toute différente de la procédure propre à W. Schwab.
Cette comédie de moeurs grinçante d’une certaine belle époque où l’amour était un mauvais jeu de dupe pleins de manipulations et usurpations, tromperies et asservissements.
A ce propos satirique, la version de Schwab ajoute, instille une nouvelle dimension : celle d’un langage endiablé, enfiévré, se décomposant organiquement, tant au point de vue lexical que métaphorique, brisant les masques de l’expression, qui sont un voile de politesse sur la réalité d’ordure de l’homme.
La langue de Schwab est une langue d’analyse, de pourrissement analytique qui creuse les mesquineries quotidiennes où l’amour n’est qu’un trafic louche, trafic dévoilé par cette dangereuse langue dans toutes ses catastrophes, ses sauvageries et ses cruautés.
Ce rire que nous lève cette pièce – et cette mise en scène -, ce rire, il nous désarticule lorsqu’il nous prend, comme se désarticule le langage et ces scènes d’amour pourris au jeu hyperbolique -comme il convient à toute bonne parodie de vaudeville ; ce rire qui n’est pas sans nous faire glisser dans un certain malaise pour toutes ces victimes sociales de la domination érotique -depuis la prostitué jusqu’à la secrétaire.
Si la dimension circulaire de la pièce – cercle menant à une même dévoration délirante d’un drôle de phallus -peut faire sentir une certaine lassitude à force de répétition guignolesque, les variations « positionnelles » des situations et l’énergie inépuisable des comédiens font sursauter l’ensemble avec une exquise sauvagerie et ironie.
samuel vigier
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Werner Schwab, La ravissante ronde. à Avignon à 19h15 jusqu’au 30 juillet. |
