Vincent Haegele, Un printemps à Naples
Avec ce deuxième volume, après celui sur Vienne, de sa série sur les grandes capitales occupées par Napoléon, Vincent Haegele nous entraîne sous le soleil de Naples, pour un passionnant voyage dans cette ville hors du commun.
Avec un grand sens de la narration et de la description, il nous plonge dans l’atmosphère toujours passionnée, entretenue par ce peuple bouillonnant, pétri d’un ardent catholicisme, fougueux dans ses sentiments politiques et prêt à se battre avec rage. Une ville déjà énorme, riche de ses palais et de ses églises, de ses terres volcaniques, grouillant d’un « petit peuple » qui avait appris, au gré des catastrophes naturelles et des invasions, à survivre.
Car l’histoire ici racontée est celle de la volonté farouche du royaume de Naples, « vieil édifice mais jeune nation », pour demeurer indépendant. Il lui fallait échapper à l’étreinte de l’Espagne et de son pacte de famille avec la France, mais aussi des ambitions jamais éteintes de l’Autriche d’où venait la volcanique reine Marie-Caroline. La Russie, nouvelle arrivée sur l’échiquier méditerranéen, offrait de nouvelles perspectives de sécurité et d’enrichissement. Et bien sûr l’Angleterre aussi, déterminée à damer le pion aux Français.
Un vieil édifice en effet, mais en voie de modernisation comme la plupart des Etats italiens, à mi-chemin entre féodalisme et adaptation aux temps nouveaux. La Révolution française vint tout renverser et semer une terrible contradiction dans la péninsule : « elle avait attaqué sans distinction des régimes en passe d’être réformés et d’autres qui ne l’étaient pas, tout en les forçant indistinctement à adopter une politique répressive qui revenait sur tous les acquis précédents. »
Deux tempêtes soufflèrent depuis la France révolutionnaire : celle de 1798-1799 de laquelle naquit la République parthénopéenne. Sa chute s’accompagna d’une atroce répression qui montra, outre la violence des passions, l’attachement du « petit peuple » à la dynastie face aux bourgeois jacobins. Puis la tempête de 1806 qui, cette fois-ci, installa un nouveau roi : Joseph Bonaparte, le propre frère de l’Empereur. La morgue des envahisseurs, pétris de leurs certitudes politiques « émancipatrices », leur coûta l’adhésion des Napolitains. Napoléon « créait une nouvelle légitimité, sur les décombres de l’Ancien Régime et en utilisant les théories mal digérées de la Révolution, cette Révolution dont le paradoxe avait été de placer la liberté au premier plan, tout en renforçant les organes de surveillance. »
L’échec de l’Europe napoléonienne est peut-être là, à Naples. C’est en tout cas le sentiment qu’on retient de ce beau livre.
frederic le moal
Vincent Haegele, Un printemps à Naples, Passés/Composés, 2025, 272 p. – 21,00 €.