Vincent Almendros, Faire mouche

Vincent Almendros, Faire mouche

Que la montagne est laide

Dans ce carnet de retour au pays natal, la montagne – entre autres – est une garce. Elle au moins n’y est pour rien. Ce qui n’est pas le cas de la famille où le fils plus ou moins prodigue, de retour 20 ans après, est salué d’un simple « tiens,  voilà un revenant » par une mère en rien aimante, empoisonneuse à ses moments perdus et experte dans la préparation du lapin. Elle l’est autant que l’auteur lorsqu’il la décrit devant ses fourneaux de Saint-Fourneau en un morceau de bravoure, râble épique d’une telle fiction où personne ne semble craindre le regard de Dieu au sein de tribulations amères et drôles.
Traitée avec une maîtrise absolue et une économie de moyens, l’énormité de ce thriller des montagnes est délicieuse en son évocation des gens et des lieux. Le coin est glauque comme le peut être un village sans attrait au fond de vallée, lors du mois de janvier sous la pluie, à l’approche du crépuscule. Ce qui n’empêche par le lecteur d’aller de surprises en surprises et vers un meilleur du pire qui fait la fin du « moi » difficile.

La bouffonnerie noire est troussée selon une désinvolture travaillée : toute ferveur y devient ridicule et les faveurs déplacées. Ce qui ne manque pas de saveur en ce sel de la terre où ceux qui sont bas de plafond ne sont pas les moins dangereux. Preuve que les grignoteurs de lapin peuvent transformer les cervelles humaines en rogaton.
Bref, un tel livre mérite tout à fait le label « Editions de Minuit ». Pinget et Beckett trouvent là un petit-fils. Il n’a pas encore totalement leur maîtrise mais il s’en tire mieux que bien. Le dérisoire n’est jamais surfait au sein d’une logique limpide mais tortueuse où la circulation des nuisibles se fait là sans coups férir. Du moins si l’on peut dire.

jean-paul gavard-perret

Vincent Almendros, Faire mouche, Editions de Minuit, 2018, 129 p. – 11,50 e.

 

 

 

 

 

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