Viken Barberian, Das Kapital

Viken Barberian, Das Kapital

Ce ne sera ni l’argent ni l’amour qui sortira gagnant, mais la haine

Das Kapital met en scène le trio classique de la femme et de deux hommes. Ce qui est moins classique, ce sont les relations qui lient ces personnages. L’un est un terroriste écologiste corse aigri qui met ses convictions et son savoir-faire au service rémunéré du second. Celui-ci est un brillant trader new yorkais, qui gagne et fait gagner beaucoup d’argent à ses clients en misant sur les baisses de marché consécutives aux évènements graves mondiaux, tels que cataclysmes, troubles…
Afin de limiter les aléas de ce type de spéculation, il organise lui-même ces crises en faisant détruire par le Corse des bâtiments emblématiques et cruciaux autour du monde. Et c’est là qu’intervient le troisième personnage, La femme, amie du Corse, étudiante en architecture à Marseille, et qui donne au trader , sans le savoir, sous couvert de passion architecturale partagée, tous les détails qui permettront aux bombes corses d’être efficaces à chaque fois. Et comme dans tout bon roman fleur bleue, l’amour viendra à bout de la cupidité et la romantique étudiante fera changer le froid financier.

Mais l’auteur n’a pas écrit un roman fleur bleue, et de façon toute cynique, ce ne sera ni l’argent ni l’amour qui sortira gagnant, mais la haine, contrairement à ce que nous promet la quatrième de couverture. Viken Barberian utilise un style juste, rapide précis, souvent amusant ; lire ce roman est un plaisir jamais démenti. V. Barberian a vécu à la fois à New York City et à Marseille, et cela se sent dans ses descriptions de ces villes, qui ne se contentent pas d’être de simples catalogues architecturaux pour guides touristiques, mais parviennent à nous transmettre les odeurs, les couleurs, en bref, la vie dans ces cités.
Juste un point sombre pourtant : L’auteur fait allusion sans réelle relation avec le récit aux suites de Fibonacci. Sans doute cède-t-il au fait que, depuis un fantasme mondial autour d’un certain Code de Vinci, les travaux de cet italien du XIIème siècle semblent être devenus le symbole d’une mathématique à la fois compliquée et ésotérique, ce que peuvent sembler être les modèles financiers utilisés par les traders. Mais qualifier de logarithmique la suite à laquelle ce mathématicien cuniculiculteur a donné son nom n’apporte rien au récit, si ce n’est couvrir de (précieux) ridicule l’auteur qui donne l’impression de vouloir en mettre plein la vue au lecteur en utilisant des mots compliqués qu’il ne maîtrise pas.

J’aurais préféré qu’il nous explique un peu comment les spéculateurs peuvent gagner de l’argent en misant sur les crises politiques et financières. Malgré ce dernier point, il n’en reste pas moins que V. Barberian nous propose un livre plaisant et agréable, qui ne décevra pas le lecteur, qui donne une peinture stimulante de notre société et qui est d’une certaine façon d’un actualité brûlante, pour ne pas dire explosive.

Hervé Soufflet

   
 

Viken Barberian, Das Kapital (traduit par Claro),Gallmesiter, 2009, 174 p. – 21,00 euros.

 
     
 

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