Véronique Hubert, Utopia & Discrète ? Docile ? Disciplinée ?
Par ses installations, ses vidéos, ses photos, ses dessins, Véronique Hubert crée une oeuvre aussi obsessionnelle que parfaitement cohérente. Les personnages qu’elle invente, les médias qu’elle choisit servent à sculpter l’espace autant par le son, l’image que le texte ou les choses : elle les recycle pour créer des histoires et des formes afin que l’art acquiert un statut original. Celle qui se qualifie comme “butineuse” est de fait une abeille travailleuse et sérieuse, sensible à tout ce que le monde – jusque dans ses rebuts – peut suggérer en elle.
Ayant étudié le cinéma, la musique et la psychanalyse, elle y a trouvé de quoi enrichir ses recherches. Depuis, Véronique Hubert ne cesse d’essayer toutes les techniques et les médiums afin de trouver des formes à travers différentes sources alimentées par son hypersensibilité face à tout ce qui la touche. Un simple tag ou une affiche comme un dialogue surprise dans la rue peuvent être sources de création si bien que le monde reste pour elle un atelier ambulant.
A partir de là, elle construit son propre univers sans (presque) avoir besoin de retoucher ce qu’elle rencontre. Il lui suffit parfois de recadrer certaines choses ou scènes vues. Elle accumule ainsi une sorte de documentation qu’elle reprend au fil de ses performances, de ses installations et de leurs fictions qui deviennent des instants de poésie intempestive.
Refusant l’art en boîte ou muséal, elle organise des situations qui échappent à toute classification. Tout devient pour elle expérimental mais chaque oeuvre ne se referme pas sur elle-même : s’y produit un échange avec le public sans souci de la durée. Mais l’artiste fait de chaque instant un culte de la beauté. Son parcours se balise de ces instants privilégiés où le spectateur devient parfois acteur. L’art pour autant ne bascule jamais dans l’à-peu-près d’un simple actionnisme. Tous ses mixages recueillis et recyclés au fil du temps la font sortir des genres prédéterminés. Ouverte à toutes et à tous (de Orlan aux jeunes artistes ou acteurs inconnus), elle se sert de leur énergie pour créer – seule dans son atelier comme à l’extérieur et en groupes – vidéos, situations.
Souvent cela tourne autour d’un personnage fictif mais toujours en complicité avec les gens et le monde. La fée Utopia (dont Mimivry fut la grande soeur) reste – dans son cube ou en dehors – un de ces personnages magiques et fétiches. Elle se retrouve à travers les différents genres que Véronique Hubert utilise. La fête dionysiaque et sacrificielle peut à ce titre prendre de multiples aspects. Elle ose la violence, le tragique mais tout autant le comique. Assomption ou descente aux enfers, des ouvertures effectives détournent des morts que l’on se donne (ou qui nous sont données). Si Utopia n’existe pas, si elle demeure une “pure image”, elle peut tout oser. Quand l’artiste est sur le point de s’écrouler, la fée – quoique parfois sans illusions – la relève. Le show peut et doit continuer. Qu’importe si une telle fée pète et s’enivre pour chasser sa déprime.
A travers elle, Véronique Hubert s’agite contre tout le pessimisme ambiant et s’exprime dans sa forme particulière de burlesque où la folie garde une portée sociale selon une esthétique aussi éthérée que du pauvre. Celle qui feint de caresser la paresse traverse l’art en femme ailée et à l’aise. Se confrontant au réel, elle reste en résistance. C’est pourquoi son oeuvre ne cesse de bouger. Et si l’art ne change rien, il permet de témoigner d’une utopie nécessaire pour permettre de conserver “l’envie d’être en vie” comme écrivait Beckett. Comme elle, il savait ce que le pessimisme veut dire. Lequel reste néanmoins chez l’un comme chez l’autre toujours actif.
Lire notre entretien avec l’artiste
jean-paul gavard-perret
Véronique Hubert,
– Utopia,
– Discrète ? Docile ? Disciplinée ?,
Festival pluridisciplinaire et alternatif Jerk Off, Point Ephémère, quai de Valmy 75010 Paris, 12 septembre 2015.
