Veerle Hildebrandt, Hild – Les femmes du Nibelungen

Veerle Hildebrandt, Hild – Les femmes du Nibelungen

Le Nibelungen lied est une épopée héroïque germanique née au XIIIe siècle. Deux adaptations sont célèbres, celle de Richard Wagner avec son cycle musical de 1853, celle de Fritz Lang, un film muet tourné en 1924. L’épopée a servi d’inspiration à de nombreuses reprises, tristement pour glorifier la race aryenne, superbement pour Le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien.
Dans le récit, la primauté est donnée aux protagonistes masculins, Siegfried le héros, Hagen, le traître sournois. Kriemhild et Brunehilde sont d’une grande beauté mais font preuve d’entêtement et d’hystérie.
Dans le présent récit, l’accent est mis sur ces deux héroïnes, sur leur histoire, sur leurs rapports aux règles et aux hiérarchies dans ce monde d’hommes où la liberté de choix et de mouvement des femmes est plus que limitée.

En Burgondie, la reine, après trois garçons, donne naissance à Kriemhild. Intelligente, elle remarque vite que son statut est différent de celui de ses frères et revendique, sans succès, une égalité. Jeune fille, elle veut choisir elle-même son époux et ne pas céder aux manœuvres politiciennes.
À la mort de son père, Gunther, l’aîné, monte sur le trône à reculons laissant à Hagen, le conseiller, les rênes du pouvoir. Faible et influençable, il s’entiche de Siegfried de Xanten, un aventurier aux exploits légendaires à la tête d’une armée après avoir tué un dragon. Celui-ci va l’aider à épouser Brunehilde, la reine d’Yslande une femme guerrière qui refuse toute idée de mariage. Il passe un accord monstrueux avec le guerrier, amenant encore plus de malheurs à ces femmes. Mais…

Veerle Hildebrandt donne une lecture féministe du mythe avec la mise en scène de ces deux femmes fortes, au caractère affirmé dans leur volonté d’indépendance. À partir de ce conte épique, elle brosse deux beaux portraits, de ces dames qui sont confrontées à un système organisé pour les hommes.
Si elle reprend l’essentiel de l’épopée, les principaux personnages, elle prend quelques libertés pour une meilleure lisibilité dans l’objectif qu’elle s’est fixé. Elle va à l’essentiel autour de ses deux héroïnes, donne des noms de lieux quelque peu différents, laisse de côté nombre de personnages pour ne pas alourdir son propos. Il en résulte un récit très cohérent, riche et attractif.
Hild, le titre, reprend la racine germanique qui signifie courageux, combatif, proche de Held, Héros en néerlandais. Outre sa propre version de l’histoire, elle assure le dessin et la mise en couleurs, prenant, là aussi, quelques libertés avec les décors, mais soignant, avec une approche synthétique, les protagonistes et leur gestuelle. C’est une réussite avec ces couleurs éclatantes qui contrastent avec la noirceur du récit.

Cette relecture d’une saga universelle se découvre avec grand plaisir pour le traitement de l’histoire, son orientation et pour un dessin qui séduit le regard.

Veerle Hildebrandt (scénario, dessin et couleur), Hild – Les femmes du Nibelungen, Éditions Anspach, février 2025, 152 p. – 27,50 €.

Laisser un commentaire