Valéry Molet, Dénouements

Valéry Molet, Dénouements

À lire Valéry Molet, j’ai l’impression de m’écrire. Tout d’abord parce que V.M. est un écrivain. Jacques Cauda aussi. Qui propose de redire cette phrase, celle qui précède, sur l’air de Félicie aussi chanté par Fernandel. D’autant qu’entre Fernandel (pour sa grande mâchoire d’âne forcément lubrique) et l’approche sexuelle de l’écrit chez Molet, la conséquence est bonne.
Écrivain, disais-je, qui s’inscrit dans la ligne tracée par les libertins du XVIIè siècle (Saint-Évremond entre autres) reprise par celle d’un Albert Caraco, par exemple. Il y a aussi du Pline le jeune chez lui quand il décrit à Tacite la mort de son oncle Pline l’ancien (j’allais écrire Pine sous l’influence de ma lecture de Dénouements) durant l’éruption du Vésuve à Pompéi, volcan chez Sade, tour à tour phallique ou vaginal selon qu’il crache ou du foutre ou de la cyprine. Valery Molet aussi.

Il nous situe au début de son hymne à la baise du côté de la baie du Mont-Saint-Michel, mont de Vénus à l’évidence ! Il passe ensuite à La Tranche-sur-mer qu’on accouple au verbe troncher sans faire ni une ni deux. Jeux lexicaux à double entente qui entraîne l’œil à se rincer en découvrant Nathalie, la maîtresse de V.M. Jacques Cauda aussi. J’ai raconté ailleurs comment je sodomisais une femme mariée de quarante ans… qui se prénommait Nathalie : « La première image qui me revient en mémoire lorsque je songe à Nathalie, la bien nommée, est celle qu’elle me dévoila un soir que nous étions intimes. Elle m’avait confié, alors que je souhaitais la prendre par l’arrière, que même son mari n’était jamais passé par-là. Ou si peu. Une fois. Peut-être deux ? Et ne lui avait-elle accordé cette récompense (c’est le mot qu’elle employa) qu’après avoir éprouvé d’immenses jouissances !  En somme, ajouta-t-elle, dans un souffle emprunt de fausse timidité, mon cul c’est comme un cadeau. En langue picarde, un cadeau c’est un fauteuil.  Et ce sens lui allait comme un gant, en regard de l’immense assiette qu’il offrait à la vue comme au toucher. Aussi, ce soir-là, après ma demande, et passée l’évocation de son petit mari, elle décida de me l’offrir et, conséquente avec elle-même, me le tendit, chevaline, les reins creusés et la croupe saillante dans laquelle j’entrai comme en pays maintes fois visité. Aurait-elle voulu justifier un concept philosophique, le ressouvenir en avant, dont nous avions parlé la veille, qu’elle ne s’y serait pas mieux pris. Autrement dit, son corps se souvenait déjà de la route que j’allais emprunter à l’avenir et de façon quasi systématique. » Valéry Molet aussi !

Enfin vient Paris, la ville pour les doigts de pied, tant et si bien que Nathalie à force de marcher par les plaisirs et les rues, sadisme pedibus jambus, avoue V.M., chope un hallux valgus, un oignon (anus en argot où il plante un godemiché flamboyant comme Neil Amstrong le drapeau américain sur la lune), signe du dérèglement de son compagnon de marche qui va jusqu’à se promener avec la moustache d’Hitler à l’ambassade soviétique ! Et ainsi de dérèglements des sens (Rimbaud) en sauts métaphysiques de l’amour et de la mort (Schopenhauer), V.M ponctue son chant d’aimant, à la folie, au sortir d’un crématorium où brûle la mère de Nathalie. 

« Ô tombeau, chambre nuptiale », chantait déjà Antigone. Thème éternel, Tristan et Iseut… La mort nécessairement associée à l’amour : elle en est le sceau, la preuve qu’il n’est pas un je(u) bien qu’un autre.  L’amour aspire à quoi ? Ce quoi qu’il n’atteint guère, qui est menacé ? Alors, vaincre les limites, récuser ce monde de la limitation, de l’infidélité, de la trahison ?… L’amour s’éprouverait-il éternel ? La mort ?… La beauté de Nathalie suffirait-elle à ne rien rendre explicable, pas même un feu rouge respecté par une âme de chauffard ?
Qui sait ? 

Valéry Molet, Dénouements, L’Échappée Belle Édition, 2020, 58 p. -10,00 €.

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