Un cactus à Versailles

Un cactus à Versailles

Une famille bourgeoise et unie se disloque…

– Dieu est au ciel, Louis sur son trône, et ton pelvis sous ta cage thoracique, m’a dit ma grand-mère.
Traduction, « Tiens-toi droite ».

Marie-Liesse, treize ans et demi, fait partie d’une famille versaillaise catholique et bourgeoise de cinq enfants. Tous sont surdoués et bien élevés et les parents sont aimants. C’est une famille heureuse jusqu’à ce que l’aîné, Wallerand, soit écroué à la maison d’arrêt. Lors d’une dispute avec son ami Sophie, celle-ci a fait une mauvaise chute et se trouve désormais dans le coma. Depuis, les relations s’étiolent, d’autant plus que Marie-Liesse refuse de rendre visite à son frère le dimanche. Malgré les punitions qui se multiplient, Marie-Liesse ne cède pas. Elle aimerait s’expliquer, dialoguer avec ses parents mais un mur d’incompréhension est peu à peu en train de s’élever entre eux. Le seul soutien, elle le trouve en Marie-Sidonie sa sœur de seize ans, plus disciplinée qu’elle mais qui se pose malgré tout des questions : est-ce vraiment un accident ou bien un acte de violence délibéré ? Pour les parents, la réponse semble évidente, pas pour les deux sœurs.
Toutes deux décident de rendre visite à Sophie à la clinique même si celle-ci est inconsciente. Munies d’un cactus, la plante préférée de Wallerand qui travaillait au Potager du roi, elles se font passer pour les nièces de Sophie.

Ce roman débute de façon humoristique, avec un catalogue de clichés versaillais : le père porte une fleur de lys le 21 janvier, jour anniversaire de la mort de Louis XVI, la grand-mère élève le second empire au rang de modèle et Marie-Sidonie se maquille en cachette. Mais peu à peu, l’ambiance se détériore et Marie-Liesse est rejetée par sa mère qui ne lui adresse plus la parole. L’adolescente se sent très seule et ne comprend pas pourquoi « le sujet Wallerand » est tabou. Marie-Sidonie lui confie que l’aîné a toujours été l’enfant préféré et qu’elle en a souffert. Mais est-ce la seule raison ?

Maïté Bernard signe son premier roman jeunesse et c’est une réussite. Auteure de polars pour adultes (Fantômes, publié dans la célèbre « Série Noire » a obtenu le prix du polar 2003 de Montigny-lès-Cormeilles), elle brosse un portrait subtil et touchant de deux adolescentes qui ont choisi de se battre contre les préjugés même si cela doit les faire grandir plus vite qu’elles ne le désirent.
Le suspense psychologique est inhabituel et le dénouement d’une violence déroutante. L’écriture et la musique jouent également un rôle important, moment d’apaisement ou ultime appel de détresse.

patricia chatel

Maïté Bernard, Un cactus à Versailles, Syros, (coll. « Tempo+ »), septembre 2009, 192 p. – 5.90 €. A partir de 12 ans.

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