Ugo Rondinone, Carte blanche XL (exposition)

Ugo Rondinone, Carte blanche XL (exposition)


Le champ des désirs

Rondinone est un artiste polymorphe et savant qui travaille au présent avec le passé. Il fait ici alterner des salles pleines et d’autres avec peu de ses sculptures. De même que des espaces lumineux et d’autres plus sombres.
Ces oppositions s’accompagnent de renvois aux iconographiques historiques. Les œuvres, les siennes et celles de la collection, dialoguent – entre autres celles de Vallotton, Hodler.

Le sculpteur s’est donc emparé de la collection et du bâtiment principal du MAH pour créer une expérience esthétique unique. Plus de 200 pièces de la collection du MAH sont ainsi sollicitées et mises en scène dans un dialogue continu avec ses œuvres dont de nouvelles réalisées pour l’occasion.
Il y avait là des « Nudes » masculins assis parmi des paysages et des natures mortes de Vallotton. Ces moulages d’après nature, en cire mêlée ont été retirés : réchauffement climatique oblige, ces cires ne supportaient plus la chaleur inhabituelle de l’hiver. Le soleil, motif important de cette exposition, leur aurait été fatal. L’artiste a remplacé les sept nus adossés aux murs par un clown allongé sur le dos au milieu de la salle.

Celui-ci devient le double de l’artiste. Et il évoque, surtout à Genève, l’essai de Starobinski : « L’Artiste en saltimbanque ». Cet amuseur solitaire et mélancolique est particulièrement incongru dans une salle d’armes. Exit le totem guerrier et viril. Il n’est pas dressé comme les hallebardiers de Hodler mais allongé comme les femmes de Vallotton.

Rondinone organise ainsi des oppositions et des liens subtils. Deux immenses cercles de bronze sont couronnés de branches : l’un or (le soleil) accueille les visiteurs, l’autre argent (la lune) signifie sa sortie. Le sculpteur associe nos mythiques ancêtres à des horloges.
Celles-ci sont fixées comme des sculptures et renvoient aussi aux disques de verre coloré, cadrans sans aiguilles de l’artiste, intitulés « Horloges ».  Cette description certes partielle et hâtive permet de comprendre que cette exposition devient une véritable installation d’une maestria étonnante.

jean-paul gavard-perret

Ugo Rondinone, Troisième exposition carte blanche XL, le MAH, Genève, mai 2023.

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