Tina Kazakhishvili, Double Exposure

Tina Kazakhishvili, Double Exposure

La femme et son double

Les monstrations de Tina Kazakhishvili sont souvent à double « entrée ». Cela crée moins une contradiction qu’un superposition dans des perspectives souvent ignorées. L’érotisme y joue à plein mais de manière subtile comme saisi en des moments qui métamorphosent les déserts d’ennui. Reste le pouvoir des images. Leur hantise, leurs soupirs, leur crinière. La mémoire ou l’oubli – comme on voudra. Elles deviennent des fouilles et permettent d’entrer dans des territoires secrets. Une autre face du corps se déploie. Le Pierrot d’amour est remisé à l’état de voyeur. Il est remplacé par la femme réalisant sa vérité.
Tina Kazakhishvili offre des formes chargées d’érotisme que les rêveurs insatisfaits ne se lassent pas de dévisager. La photographe oblige le regardeur à ne plus résister. Elle devient tel un maître vaudou qui fait la pluie sur des terres assoiffées. Des épanouissements éclaboussent sur chaque photographie : le nu apparaît mais remodelé. Le duvet devient matière opaque pour dire l’extrême, l’infinie douceur de ce que certains (dont Michaux se moquaient) nomment  bien à tort les « malfaisances ».

Mais la jouissance basique est biaisée, elle devient esthétique. Une profondeur et une pression insolites jaillissent. L’éros est immaculé et impur, chargé, possédé, venu non d’instants distraits ou de gammes excitées. Le corps est ce qu’il devient avec celui de l’autre : ne sachant comment vivre avec lui ni comment vivre sans lui. Mais il n’existe jamais de doubles impassibles : juste le désir impérieux. Tantôt vampire, tantôt « vampirisable ».

jean-paul gavard-perret

Tina Kazakhishvili, Double Exposure, texte de Maryse Hache , Publi-net Horizon, 2016 – 20,00 €.

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