Thibault Biscarrat, Maelstrom suivi de Règnes et métamorphoses
Le petit livre de Thibault Biscarrat, petit non point de valeur mais de volume, gagne par son caractère elliptique, retenu, vibrant juste au seuil, au bord de ce que le poème semble vouloir aborder. Donc, ce petit livre, dont l’édition est soignée grâce à sa retenue, nous propose une écriture raffinée, racée, épurée, restant toujours lyrique afin de laisser chanter les épithètes comme quelques notes de musique, juste une portée, très peu, particulièrement dans les formes courtes de tankas – ou avoisinant le tanka – ou encore avec des distiques assemblés par trois, il s’agit de dire beaucoup en quelques lignes. Le message est spirituel, se resserrant sur des mots, des choix d’images, mais surtout cherchant l’économie, la beauté volontaire.
Le monde extérieur,
L’anéantissement du moi,
Les fleurs sauvages,
Nous sommes, là, jetés au monde
Ici-bas.
Ou
L’orchidée effleure ton regard.
Et tu t’endors à l’ombre du chêne.
Ton visage courtise la pierre.
La pierre défait les nœuds de l’orage.
Les minutes mesurent la ferveur des secondes.
La joie régente le monde.
Mais l’écriture ne fait pas un poème sans en venir à détourer un univers personnel, une vision du monde, un style donnant à voir le poète dans sa nudité. Ici, un peu la douleur, l’œuvre humaine, que le lecteur peut rapporter à la vanité de l’Ecclésiaste, à une morale, à une axiologie – laquelle sert la beauté du poème, montrant qu’écrire n’est pas vain mais produit une alchimie avec celui que la poésie transforme en Être.
La matière inanimée,
Le nihilisme, le doute,
Les psychonévroses,
Voilà fardeaux de l’existence,
Elan vers la chute.
Peut-être y a-t-il un versant noir à la spiritualité, trop de douleur ou des larmes données aux dieux, une noirceur qui confine sans doute à la lucidité.
L’air est obscur,
La crainte se fait sentir.
Les choses sont redoutables,
La douleur est éternelle.
L’amour est oublié,
L’espérance s’en est allée.
Et même si le troisième mouvement du texte se situe à un autre niveau, peut-être en relation avec les Cantos qui ignore la partition des deux premières parties en tankas et distiques, il laisse entrevoir une ouverture vers un monde plus graphique, plus éclaté.
Pour être un tantinet exhaustif, je dirais que Règnes et métamorphoses, le second livre de l’ouvrage, reprend l’esthétique du XVIIIème siècle de la nature morte et ses peintures de fleurs, signifiant la fragilité de la vie, la beauté éphémère aussi de toutes ces fleurs, dont un simple lys est davantage que la toge du roi Salomon.
Il faut prendre ce livre comme il est, chant qui ne laisse pas apparaître l’effort, le labeur, qui pourraient entraver le lecteur, lequel se laisse glisser même si le grain du texte retient l’œil, jusqu’à une dynamique propre et originale.
didier ayres
Thibault Biscarrat, Maelstrom suivi de Règnes et métamorphoses, éd. ars poetica, 2024, 90 p. – 18,00 €.
