Terrasses (Laurent Gaudé / Denis Marleau)

Terrasses (Laurent Gaudé / Denis Marleau)

 

Lancinante litanie

Le plateau s’impose d’abord par sa solennité : ample, il accueille des paroles égrenées, isolées, comme creusées dans le noir de cet espace évidé. Sur le fond d’une confession amoureuse, on comprend que s’insinue le spectre de la mort, cruelle, aveugle, dévastatrice. Le chœur entonne une litanie mélancolique. Les confidences des gens qui viennent se rencontrer ce 13 novembre 2015 sont dupliquées ; elles procèdent toutes d’une structure attendue, qui présente naturellement des impressions de ténuité quotidienne, que vient percuter la déflagration des attentats, rendant précieuses et inutiles toutes choses. La ficelle est grosse, elle est incessamment reconduite.

Cette trame est redondante, lancinante, et pour tout dire farouchement lassante. Le propos se repaît de mélancolie surjouée, au risque de l’obscénité. L’empathie systématique avec les victimes devient pathétique ; on se repaît de souffrances supputées. Au milieu de ce désastre verbeux, on espère les coups de feu, la violence enfin, pour justifier tout ce tintouin. Laurent Gaudé choisit de rester dans le registre du témoignage.
Les récits du policier en patrouille, du membre du GIGN et de leur médecin dédié cassent les atermoiements effarouchés, pour nous placer au cœur de l’action, fût-elle insoutenable. Cette impuissance, et cette volonté qui se fait efficience, ce sont celles d’êtres humains dans leur vulnérable dignité. Dans cet océan de paroles sirupeuses et surfaites, quelques mots justes surnagent. Ce sont ceux des personnes qui ont encore à faire.

christophe giolito

 

Terrasses

de Laurent Gaudé
mise en scène Denis Marleau

avec Marilou Aussilloux, Sarah Cavalli Pernod, Daniel Delabesse, Charlotte Krenz, Marie-Pier Labrecque, Jocelyn Lagarrigue, Victor de Oliveira, Alice Rahimi, Emmanuel Schwartz, Monique Spaziani, Madani Tall, Yuriy Zavalnyouk et Anastasia Andrushkevich, Orlène Dabadie, Axel Ferreira, Lucile Roche, Nathanaël Rutter de la Jeune troupe de La Colline.

Scénographie, vidéo et collaboration artistique Stéphanie Jasmin ; musique originale Jérôme Minière, enregistrée avec Guido Del Fabbro au violon, Philippe Brault à la contrebasse et Guillaume Bourque à la clarinette et clarinette basse ; lumières Marie-Christine Soma assistée de Raphael de Rosa ; costumes Marie La Rocca assistée d’Isabelle Flosi et Claire Hochedé ; maquillages et coiffures Cécile Kretschmar assistée de Mityl Brimeur ; montage et staging vidéo Pierre Laniel ;
design sonore François Thibault ; conseil chorégraphique Stéfany Ganachaud ; assistanat à la scénographie Marine Plasse ; assistanat à la mise en scène Carol-Anne Bourgon Sicard et Sérine Mahfoud ; fabrication des accessoires et costumes  ateliers de La Colline ; construction du décor atelier de La Colline en collaboration avec Hervé Cherblanc.

Production UBU Compagnie de création – coproduction La Colline – théâtre national. La compagnie UBU est subventionnée par le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts de Montréal. Avec le soutien de la Délégation générale du Québec à Paris.

Le texte de la pièce est paru en avril 2024 aux éditions Actes Sud-Papiers.

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