Teresa Valero, Contrapaso – t.02: « Pour adultes, avec réserves »

Teresa Valero, Contrapaso – t.02: « Pour adultes, avec réserves »

L’auteure traque les aspects sombres de la société espagnole sous la dictature de Franco. Elle situe ce second volet dans l’année 1956. L’Espagne s’ouvre vers l’extérieur, en particulier vers les États-Unis. Des réalisateurs commencent à venir tourner des films profitant d’une main-d’œuvre peu chère. Mais le pays est toujours écrasé par la main de fer du tyran et soumis à une censure puissante.

Emilio Sanz et Léon Lenoir, les deux journalistes spécialisés dans les faits divers pour le quotidien La Capitale discutent à propos de la dernière victime d’un assassin que Sanz poursuit depuis dix-sept ans. Le rédacteur en chef leur demande d’aller au raout donné en l’honneur de cinéastes venus tourner des films dans la région de Madrid. Peu enclins, ils continuent d’examiner les photos des victimes, toutes des femmes au cœur d’un décor de cordes et d’objets en nombre variable. Soudain Léon comprend. Il y a un code qu’ils déchiffrent et constatent qu’il y aura une autre femme tuée. Et c’est l’appel du policier à Sanz qui annonce une nouvelle victime…
Mais lorsque Léon, entrainé dans une salle de cinéma par des « amis », tombe sur un homme assassiné, une bande de film débordant de sa bouche…

Dès les premières pages, Teresa Valero installe un récit en tension, que ce soit avec ces assassinats, que ce soit par l’atmosphère lourde qui pèse sur le pays et qu’elle retranscrit de belle manière. Elle montre cette ambiance machiste prônée par le régime, la misère du peuple, la prostitution et l’opulence des classes favorisées. C’est aussi la corruption qui hante les coulisses du pouvoir.
L’histoire est portée par le duo de personnages rencontré dans le volume précèdent – Les enfants des autres. Avec Sanz et Lenoir, elle met en scène une figure bien connue, le duo qui oppose deux caractères. Le premier est un vétéran du journalisme, montrant une certaine liberté dans ses emplois du temps, encore marqué par la guerre civile, fatigué moralement et physiquement.
Le second élevé par un oncle dans ses jeunes années, un pilier du régime, qui a vécu en France avant de revenir dans son pays, porte un regard lucide sur les situations, mesure les mensonges officiels et possède la fougue de la jeunesse. Ils sont entourés de personnages campés avec dynamisme pour faite un échantillonnage représentatif de la société ou ils évoluent. La position de la femme prise entre les diktats d’un régime machiste en diable, d’une religion qui ne demande qu’à en rajouter, est dépeinte dans toute son horreur.

Le dessin et la mise en couleurs de Teresa Valero est d’une précision remarquable et fait preuve d’une maîtrise impressionnante. Elle installe des individus aux visages expressifs, faisant ressentir la fatigue, la peur, la détermination, par son seul graphisme. Elle place des décors fouillés, recréant Madrid avec les éléments des années 1950. Elle use d’un ensemble de couleurs aux teintes choisies, entre gris, bleus, ocres, pour faire respirer l’atmosphère délétère de l’époque dans les lieux.
La mise en page, les détails font de chaque planche une réussite.

Ce tome 2 de Contrapaso propose un épisode d’une série ambitieuse, qui tient ses promesses tant dans la richesse et la justesse du récit que dans une mise en images fastueuse.

Teresa Valero, Contrapaso – t.02 : « Pour adultes, avec réserves », Dupuis, Label Aire Noire, septembre 2025, 192 p. – 27,95 €.

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