Tanguy Viel, La fille qu’on appelle (Rentrée littéraire 2021)
Quand il n’est pas sur un ring à boxer, Max Le Corre est chauffeur pour le maire de la ville. Il est surtout le père de Laura. A vingt ans, elle a décidé de revenir vivre avec lui.
Il se dit que ce serait une bonne idée si le maire pouvait l’aider à trouver un logement. D’autant qu’il est dans le creux de la vague et tente de retrouver par cette demande un peu d’existence au moment où un retour sur le ring semble forcé.
Tanguy Viel crée souvent des romans à fonction réparatrice. Une forme de revanche ou de retournement par personne interposée s’insinue dans celui-ci. Mais cela se grippe quelque peu.
Et la retranscription de faits crée une intrigue improbable mais qui tient le coup.
C’est comme souvent chez l’auteur un peu noir et dans une diffraction de l’existence. Le perdant est à la merci de celui qui socialement est au-dessus de lui. Et l’existence de la fille du héros est tout autant grevée.
L’auteur se débrouille avec la matière de la vie en lambeaux qui veut se rassembler dans un point d’aboutissement ou de fuite là où rien n’est donné pour acquis, sinon du côté des défaites.
Le monde de la boxe permet à Tanguy Viel de renouer avec un certain cinéma tout en déplaçant ses codes comme ceux du roman. Et ce, toujours pour mettre en scène les difficultés et la situation critique des êtres comme de la littérature.
Bref, les vieux tourments, les vieux fantômes de l’auteur sont toujours présents dans cette histoire de filiation à laquelle il est difficile d échapper.
Le tout dans une forme sensible où l’écriture dans son aspect descriptif reste liée aux non-dits et aux secrets.
L’auteur soigne les détails mais avec célérité pour faire pénétrer dans une atmosphère pesante des paysages caduques calqués aux destins eux-mêmes flétris d’une famille ou ce qu’il en reste.
jean-paul gavard-perret
Tanguy Viel, La fille qu’on appelle, éditions de Minuit, 2021, 176 p. – 16,00 €.