Sophie Glasser, 17 ans
Ados
Dans ce livre – sorte de manuel plus de vie que de survie au moment de l’adolescence – , Sophie Glasser montre qu’un tel âge de la vie est une période de doute et de paradoxe. Parfois le ciel est gris de nuages, mais, parfois, y volent des oies sauvages. Et c’est dans cet entre-deux que vivent les adolescents en quittant leur insouciance qu’ils perdent et en apprenant de gré ou de force ce qui (leur) arrive.
Cela n’est pas simple mais cet ouvrage devient un véritable tour de magie. L’auteure – par ses photographies (portraits et natures mortes ) liées aux phrases de ceux qui évoquent leur adolescence – transforme ce livre court en une interminable route de l’existence au ruban en forme de serpent rose et bleu. Parfois le long des sables noirs des premiers soucis. Mais il arrive qu’ il traverse des cocoteraies nimbées de douceur face aux déserts d’ennui. Certes, à cette époque, la vie ne ploiera pas vers la terre sous le poids des fruits mûrs. Ici, les raisins verts font leurs classes et leurs intermèdes. Le temps les bouscule allègrement mais aussi bien des frontières.
En conséquence,17 ans inonde comme un rafraîchissement même si d’aventure la chaleur des sensations macère. A l’opaque moiteur, la raréfaction de l’air, le pâle soleil d’hiver, l’horizon offre un ciel de coton dont les gouttes d’eau comme grains de raisin crépitent à terre, dansent dans les flaques avec un train d’enfer.
Jadis, les enfants y sautaient : désormais, les adolescents se parent pour se plaire les un(e)s aux autres et s’exposent au doux soleil du printemps qui s’avance trop vite vers l’été. Dans leur cœur, d’autres gâchent la fête de leur Saint Jean. Mais les premiers apprennent peu à peu à se rebeller et même s’entêtent là où d’improbables poteaux leur font une haie d’honneur, balisant le terrain par des sentinelles de Basket.
Chacun, dans ce livre de confidence, apprend à apaiser sa peur ou ose parfois une cavalcade sauvage. Mais la leçon est bonne : chacun apprend à regagner le point d’eau pour se désaltérer. Parfois aussi, dans la pénombre, existe une étrange sérénade. C’est une trouée, un halo de lumière. La vie avance. Il faut mordre dedans.
jean-paul gavard-perret
Sophie Glasser, 17 ans, éditions Asiro, 2025, 40 p.