Shana Moulton, Anémochories
Shana Moulton : effets de masques
Depuis 2012, le Palais de Tokyo invite des artistes, toutes générations confondues, à intervenir sur son bâtiment. Ces œuvres in situ sont renouvelées régulièrement. Aujourd’hui, c’est sous le titre d’ Anémochories que Shana Moulton (par l’entremise du commissariat de Daria de Beauvais) présente ses œuvres après des expositions entre autres à la Tate Modern, au Yerba Buena Center for the Arts (San Francisco), au Migros Museum (Zurich) et au New Museum (New York).
Représentée par les galeries Crèvecœur (Paris) et Gregor Staiger (Zurich), l’artiste définit ainsi son travail de photographie, vidéo, sculpture et performance : « Je suis toujours en quête de magie, c’est une manière d’échapper à la banalité. Pour accentuer cette quête, j’ai recours aux fantasmes et aux hallucinations. Parfois, dans la routine, on arrive malgré tout à percevoir des ouvertures à la rêverie. Votre esprit, ou l’intérieur de votre corps peuvent être des portails symboliques propices à l’évasion. » L’œuvre offre à travers un personnage féminin, qui est à la fois son double et son alter ego, les aspirations et les rituels d’une société en quête de spiritualité.
L’artiste de Munster construit des paysages imaginaires au moyen de « performances ». Une sorte d’hommage à la mise au monde d’un d’Alighiero Boetti est transformé dans un langage original, mystérieux et sans fin. Shana Moulton souligne le disparate et la distance qui séparent l’être du monde comme de lui-même. Le corps se perd dans divers types de masques Ce qui affleure est bien autre chose que les seules données de la psyché dont ne subsistent que des repères épars.
L’artiste transforme la stabilité, par maquillages, farces, addenda et chorégraphies. Une telle pratique échappe à toute mièvrerie et fait prendre conscience d’un certain formatage dont il s’agit de venir à bout. Surgissent des figurations qui en faisant saillir le silence de l’être, révèlent les failles du monde.
Jean-Paul Gavard-Perret
Shana Moulton, « Anémochories » in Œuvre in Situ – Anachories, Palais de Tokyo, Paris, 19 février, 11 septembre 2016.