Serge Fino, Jules Matrat – Livre 2

Serge Fino, Jules Matrat – Livre 2

Un retour bien douloureux

Charles Exbrayat est connu pour ses romans policiers à la coloration humoristique avec pour héros Imogène ou le commissaire Romeo Tarchinini. Mais il a aussi abordé nombre de thématiques faisant une belle place à l’humain. Avec Jules Matrat qui paraît en 1942, la date n’est pas innocente, il montre les effets, autres que physiques, que les conflits armés infligent aux combattants et à leur entourage.

Jules Matrat est un paysan de la Haute-Loire. Il est mobilisé en août 1914 et rejoint le front. Il laisse derrière lui Rose, la jeune fille qu’il voudrait épouser. Lorsqu’il part, elle lui promet de l’attendre. Dans les tranchées, Jules fait connaissance avec louis Agnin et une solide amitié se noue entre les deux. Ils partagent tout, les conditions d’existence précaire favorisant ce type de relation.
C’est lors d’un assaut en que Louis est tué. Jules en peut admettre sa mort. Quand il rentre, démobilisé, en 1919, le souvenir de son ami le hante, lui faisant négliger ceux qui attendaient son retour. Et même son mariage avec Rose…

Dans ce second volet de la trilogie, le récit revient sur les circonstances de la mort de Louis, le retour à la vie de paysan du Jules et les rapports que le héros entretient avec ses proches. L’auteur et le scénariste montrent les traumatismes qui affectent le personnage. En 1919, le terme de syndrome du stress post-traumatique n’existait pas mais il frappait de la même façon des survivants. Et Serge Fino détaille le parcours vers un retour à une vie normale sans craindre, à chaque minute, pour sa vie, sans vivre dans un environnement tragique.
Et c’est paradoxal dans la mesure où tous ceux qui sont chers au héros devraient être heureux de son retour, il y en a tant dont les corps sont restés dans la boue des tranchées, mais c’est le chagrin qui prime.

La mise en images, en couleurs directes, est réaliste, est empreinte d’un ton très particulier qui met en valeur les sentiments, la douleur de tous les protagonistes. Serge Fino use de nombreux cartouches pour exposer les situations, les ressentiments, les interrogations, les émotions qui sont, par ailleurs, parfaitement exprimées tant par les mimiques des visages, la gestuelle que par le langage corporel.
Si le roman était riche en désarrois, Serge Fino réalise une adaptation parfaitement en accord avec le ton général du livre et met en lumière de belle manière tout ce que ressentent le héros et ses proches.

serge perraud

Serge Fino (scénario d’après le roman de Charles Exbrayat, dessin et couleur), Jules Matrat – Livre 2, Glénat, coll. « 24×32 », janvier 2025, 64 p. – 15,50 €.

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