Sean Doolittle, Savemore

Sean Doolittle, Savemore

Où un raté au grand coeur prend sa revanche sur un monde injuste.

Matthew, comme son père avant lui et comme son frère Kelly, mort en service et vénéré par tous ceux de sa brigade, n’a pas dérogé à cette règle immuable : dans la famille Worth, on est flic de père en fils. Mais Matthew est loin d’être un héros, c’est plutôt un raté : divorcé, il s’est battu avec le nouvel amant de son ex-femme, un flic, et s’est vu rétrogradé. Risée de ses anciens collègues, il joue à présent les vigiles de nuit dans un supermarché miteux, le Savemore. Même s’il prend son travail au sérieux et se rend utile auprès des clients en rangeant méticuleusement leurs courses dans des sacs, sa vie est un fiasco.

Mais ce n’est rien à côté de ce qui l’attend quand il se met en tête de couvrir la jolie caissière du Savemore, Gwen. Battue une fois de trop par un petit-ami violent, elle le tue de multiples coups de couteau et appelle le gentil Matt à son secours. Embarqué dans une histoire qui le dépasse, Matt montre des ressources inattendues – y compris pour lui-même – et finit par retrouver, contre toute attente, un peu de la fierté et une partie de la famille qu’il avait perdues.

Le personnage du raté au grand cœur qui prend sa revanche sur un monde injuste est un classique du roman noir. Il est ici revisité avec talent par Sean Doolittle, dans ce premier roman traduit en français – l’auteur en a déjà trois autres à son actif, non encore disponibles pour le lectorat francophone. On plonge avec Savemore dans la plus pure tradition du roman noir américain, le hardboiled (littéralement, « dur à cuire »), roman policier généralement inscrit dans une réalité sociale précise et porteur d’un discours critique, voire contestataire, sur ladite réalité sociale, tout en rendant compte, par exemple, de la corruption d’un milieu. Au fur et à mesure que les secrets, les mensonges et les meurtres s’amoncellent, l’étau se resserre dangereusement autour de Worth, procurant un délicieux frisson au lecteur amateur d’intrigues.

Plus il plonge profond et plus il doit se débattre, entouré qu’il est par des ennemis prêts à tout et des collègues peu complaisants. Sean Doolittle a l’art des scènes particulièrement visuelles, et le cinéma ferait bien de s’intéresser à ce polar mêlant causticité, noirceur, suspense et bons sentiments qui plairait à coup sûr au public des salles obscures.

 

agathe de lastyns
 
   
 

Sean Doolittle, Savemore, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Asnalides, coll. « Rivages/Noir », Ed Payot-Rivages, avril 2010, 352 p. – 9,50 €

 

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