Samantha Hayes, Le passé

Samantha Hayes, Le passé

La noirceur tapie sous les vies ordinaires

L’auteur appuie l’intrigue de son nouveau roman sur le harcèlement, sur ce cyber harcèlement devenu si fréquent avec l’utilisation des réseaux sociaux. Cette nouvelle forme insidieuse, particulièrement lâche puisque quasi anonyme, qui fait tant de ravages et de dégâts parmi les jeunes, sert de fil conducteur à une intrigue riche en péripéties et événements.

Sur le Kilomètre du Diable, avec une moto volée, un garçon et une fille s’enivrent de vitesse. Bien que totalement novice en conduite de ce type de véhicule, il l’installe au guidon. Elle accélère jusqu’à l’accident. Il meurt. Elle disparaît en boitant. Lorraine Fisher, inspecteur principal de la police de Birmingham, retrouve Jo, sa jeune sœur, qui habite la maison familiale pour une semaine de vacances. Elle est accompagnée de Stella, sa fille cadette, l’aînée restant chez son père pour participer à un stage d’athlétisme. Lorsqu’elle arrive, Jo lui annonce qu’elle a quitté Malcolm, son mari, car elle a une liaison. La population du village est traumatisée par la mort récente de Dean, tué en moto. Il a laissé un billet, dans ses affaires, où il exprime sa volonté de se suicider. La tension est d’autant plus vive qu’une soudaine série de suicides a frappé six adolescents de la région en l’espace de deux semaines, il y a deux ans. Tous ont peur que cela recommence.
Freddie, le neveu de Lorraine ne va pas bien. Jo, sa mère, est inquiète. Elle l’a entendu sangloter, il se scarifie, mais face au questionnement, il reste muet. Or, il est harcelé par un flot de textos du type : « Meurs, espèce de connard inutile. Va te suicider. » Lorraine fait connaissance avec Sonia et Tony Hawkeswell qui ont perdu Simon, leur fils, il y a deux ans. Depuis, Sonia se dévoue sans compter au Nouvel Espoir, un centre d’accueil pour sans-abris. C’est là que son ordinateur portable est volé. Gil, le frère handicapé mental de Tony était proche de Dean. Il tient à son sujet des propos étranges, parle d’une seconde personne avec un casque. Puis Freddie, qui a demandé à quelqu’un de voler l’ordinateur contre cinquante livres, disparaît. Lorraine comprend que la menace est revenue, qu’elle n’a pas de temps à perdre si elle veut empêcher les tragiques événements du passé de resurgir…

Pour ce roman, aux apparences intimistes, l’auteur retient pour décor un cadre tout à fait ordinaire peuplé de gens communs. Mais, avec cette banalité, elle sait faire ressortir la noirceur des individus, les turpitudes dissimulées, les zones d’ombre que chacun porte en soi, plus ou moins masquées sous un vernis social jusqu’à ce qu’un choc, un événement bouscule le fragile équilibre et que tout bascule.
Elle excelle à dépeindre, à décrire les liens, les sentiments, les émotions dans un microcosme, dans une communauté restreinte où les individus sont forcément obligés de se côtoyer. Elle pose la question, de façon cruciale, sur le développement, dans un tel cadre, d’une source de nuisance qui amène la mort, des morts d’autant plus intolérables qu’elles touchent des jeunes gens. Qu’est-ce qui peut déclencher le passage à l’acte et induire de telles conséquences ?

Samantha Hayes mène une étude approfondie sur les caractères, sur les relations humaines avec un panel d’individus représentants les types les plus courants dans nos sociétés occidentales. Avec Le passé, elle relate une nouvelle enquête de Lorraine Fisher dont on a déjà pu apprécier les qualités d’investigatrices et ses dons de déduction dans Les mères (cherche midi – 2013). Le passé se lit avec avidité car, dans ce petit morceau de Royaume-Uni, l’auteur concentre une intrigue toute en finesse et en noirceur, une galerie de personnages si humains et une étude sociologique remarquable.

serge perraud

Samantha Hayes, Le passé (Before You Die), traduit de l’anglais par Hélène Zylberait, cherche midi, coll. « Thrillers », septembre 2016, 368 p. – 20,00 €.

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