Romain Slocombe, Les revenants de l’inspecteur Sadorski

Romain Slocombe, Les revenants de l’inspecteur Sadorski

Avec cet individu, car peut-on parler de héros au sens olympien du terme, Romain Slocombe propose un huitième épisode. La saga, commencée avec L’Affaire Léon Sadorski (Robert Laffont – 2016 ; Points – 2018) décrivait la période avril mai 1942. Elle se poursuit, avec le présent roman, pour raconter l’existence du personnage pendant les mois de mai et juin 1945.
Pour rappel, Léon Sadorsky est entré dans la police en 1921. En 1939, il est chargé d’enquêter sur les israélites et devient le chef du service de surveillance des Juifs du département de la Seine aux Renseignements généraux de la Préfecture de police. Il se fait remarquer par son zèle. Au fil des années, il est responsable de l’arrestation de quelques cinq mille sémites.

Depuis la libération de Paris, il se cache, réfugié dans l’appartement d’une famille juive partie pour Ochevitze. Le couple a pris le nom de jeune fille d’Yvette, son épouse. Ils sont là depuis six mois mais il reste sur le qui-vive. C’est ainsi qu’il remarque un homme qui semble guetter leur appartement depuis le trottoir d’en face, un homme d’une maigreur extrême.
Le couple a caché, pendant deux ans, Julie, une adolescente juive qui, depuis le 25 août, depuis la libération de Paris, a disparu. Léon lui a fait un enfant. Révoqué de la police, ils sont sans grandes ressources. Yvette travaille à mi-temps chez un fleuriste. Léon a rendez-vous avec un Juif américain, qui tient une officine de recherches d’œuvres d’art confisquées pendant la guerre. Celui-ci veut récupérer celles qui seraient encore en France entre les mains de collectionneurs ou de galeristes peu regardant.
Lorsque l’on sonne c’est la panique. Il s’agit de l’homme qui guettait. Il se présente comme Jacques Odwak, le père de Julie. Il a pu remonter la piste des Sadorski, étant à la recherche de sa fille.
Mais il n’est pas le seul à revenir. Des prisonniers des camps de concentration commencent à rentrer et se révèlent une source de menaces car ils pourraient le conduire devant un peloton d’exécution ou sur le plancher de la guillotine.

Avec ce nouveau volet, le romancier porte son regard sur les œuvres d’art et le commerce illégal que celles-ci ont généré. Il intègre un univers véreux où les grands noms de l’art côtoient les compromissions les plus sordides. Picasso et quelques autres, qui ont vécu l’Occupation de façon assez confortable, sont invités dans l’intrigue. Et l’auteur relate ces années de trafics, d’arrangements, de trahisons et de collusions marquées avec les SS, Gestapo et autres structures militaires et policières allemandes.
Il met en scène le peintre-sculpteur Otto Freundlich mort en camp de concentration en 1943. Il raconte le vol des œuvres d’art, la déportation des femmes françaises, le retour des survivants, un retour qui n’était pas toujours bien vu car…
Il fait raconter la vie et la mort à Auschwitz-Birkenau, les chambres à gaz et l’activité de ceux qui les faisaient fonctionner.

Et Romain Slocombe n’use pas de périphrases, n’atténue pas les propos de son personnage. Il fait dire des phrases tout à fait conformes à ce que de tels individus peuvent exprimer.
Il décrit une population bien nombreuse qui a vécu une période de vaches grasses pendant toutes ces années où toutes les occasions étaient bonnes pour mener grand train et s’enrichir de façon peu honnête. Il fait, ainsi, rencontrer nombre de protagonistes peu fréquentables qui ont tenu un rôle important, tenu le haut du pavé pendant quatre ans.

Avec ce personnage, Romain Slocombe décrit une bien triste réalité, un reflet que ce qu’à été cette époque car nombreux ont été ceux qui ont profité de l’Occupation allemande avant de devenir ces résistants de la vingt-cinquième heure.
Un ouvrage salutaire, superbement écrit, documenté à merveille, pour gommer une certaine fiction instaurée par de Gaulle qui ne voulait garder que l’image d’une France victorieuse.

serge perraud

Romain Slocombe, Les revenants de l’inspecteur Sadorski, Robert Laffont, coll. La Bête Noire, septembre 2025, 512 p. – 21,90 €.

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