Romain Renard, Olivier Tollet & Patrice Réglat-Vizzavona, Off
Il suffirait de presque rien…
À l’échelle de l’univers, une infime étincelle assure la fin de la civilisation humaine. Une explosion solaire de grande amplitude suffit pour provoquer un puissant champ magnétique qui impacterait la Terre et toutes ses infrastructures.
Géraldine rejoint Romain, son petit ami, chez sa grand-mère. Elle a besoin de son aide. En chemin, il appelle Anne Van Obel, sa mère, ministre de la Défense au gouvernement de Belgique. Celle-ci, dément à une journaliste la rumeur selon laquelle est va démissionner. Or, elle est malade et cela s’aggrave comme lui confirme son médecin.
Lorsque Benoît Van Obel quitte Hélène, son épouse enceinte, il est appelé par le Central. Un forcené retient en otages sa femme et ses deux enfants.
Le Premier ministre veut profiter du départ probable d’Anne pour s’allier à l’extrême-droite.
Sur les lieux, Benoît, en apprenant le nom du psychopathe, décide d’agir seul. Il le connaît bien. Hélène, prise de douleurs, tente de le joindre mais il a été piégé par Sébastien. À l’hôpital les médecins décident d’une césarienne. C’est à ce moment que la tempête solaire prévisible frappe la Terre. Plus rien ne fonctionne, plus d’électricité, de magnétisme, de réseaux…
Les auteurs invitent à suivre les parcours très imbriqués de cinq personnages dans un univers qui sombre dans le chaos. Outre Anne et Benoît, Sébastien, s’intègrent dans l’intrigue Louise, une princesse belge, et Eva, la fille d’Hélène et de son époux.
Il est fait référence à la tempête solaire survenue en 1859, dite Tempête de Carrington, du nom de l’astronome anglais qui l’observa. Cette tempête, la plus forte observée jusqu’alors, a eu des effets dévastateurs sur les installations télégraphiques, les seules technologies avancées de l’époque.
Le récit montre les politiques désarçonnés et inconscients des réalités, les forces de maintien de l’ordre désarmées. C’est le retour à une certaine féodalité, aux pillages, aux saccages. Les uns essaient de garder un semblant d’humanité alors que d’autres se conduisent de façon brutale pour s’approprier nourritures, abris, richesses. Cela devient le règne des psychopathes, le repli sur soi, le chacun pour soi, la barbarie. Comment survivre dans un monde sans le confort toujours connu ?
Intégrant des éléments anxiogènes bien fréquents de ces dernières années, les auteurs brossent un tableau saisissant d’une société qui bascule dans l’horreur.
Ce récit, prévu à l’origine pour une série télévisée belge, a été réécrite pour cet album tout en gardant les codes du genre.
C’est donc Patrice Réglat-Vizzavona qui a mis en images cette histoire en quelques 340 planches, assurant un dessin réaliste et une colorisation ad hoc. Il installe une galerie pléthorique de protagonistes qu’il rend facilement indentifiables tout au long des pages, insistant sur l’expression de leurs sentiments, de leurs émotions. Privilégiant les personnages, qui sont l’essentiel de l’histoire, il ne néglige pas les décors et offrent de belles vues, des lieux attractifs.
Entre thriller politique, récit post-cataclysmique, saga familiale, cet album se dévore avec une attention tendue tant le récit est addictif. De plus, servi par un graphisme parfaitement réussi, il offre un beau moment de lecture.
serge perraud
Romain Renard & Olivier Tollet (scénario), Patrice Réglat-Vizzavona (dessin et couleurs), Off, Éditions Daniel Maghen, février 2026, 352 p. – 32,00 €.