Rodolphe & Patrick Prugne, Écoute s’il pleut

Rodolphe & Patrick Prugne, Écoute s’il pleut

Quand revient le passé…

Derrière la maison des grands-parents de Daniel, dans la vallée, il y a trois moulins le long d’une rivière, le moulin de la Bée, du nom du cours d’eau, le moulin de la forêt et, tout au fond, Écoute-s’il-pleut. Ce dernier est abandonné et son accès est difficile tant les ronces et les orties ont envahi les berges. Daniel est en vacances mais il s’ennuie, son grand-père est mort l’hiver dernier et son cousin n’est pas venu. De plus, il pleut beaucoup.
En rentrant du marché il voit un chat écrasé près de la maison et décide de l’enterrer. Alors qu’il creuse, un garçon de son âge arrive et engage la conversation. Le lendemain, quand Daniel cueille des mûres, le garçon revient et lui indique un coin où elles sont plus belles. Il s’appelle Paul et lui propose de voir le moulin. Celui-ci fonctionne et une jolie femme est là, que Paul lui présente comme sa mère. Elle propose une boisson et le garçon montre à Daniel son couteau dont il est si fier, un cadeau de son père avant sa mort. Paul ne se manifeste plus les jours suivants. Daniel décide d’aller au moulin. Mais quand il arrive, après bien des difficultés, il voit un bâtiment en ruines.
Il va tenter de comprendre et de nombreuses surprises, plus ou moins bonnes, l’attendent car…

Le récit se déroule dans la Normandie des années 1960. Mais l’auteur joue avec les époques, plaçant une partie de son histoire pendant la Seconde Guerre mondiale et à une période plus contemporaine. Il distille une belle poésie, une mise en valeur d’une nature luxuriante et place une large partie au bord d’une rivière, dans la campagne, dans des forêts. Il fait usage d’une certaine dose de fantastique, de mystère, tout en proposant une chute bien interrogative.
Le scénario restitue l’atmosphère de cette époque, des phases de vie, des matériels utilisés. Rodolphe remet en mémoire cette bande dessinée en petit format, Kit Carson, les aventures d’un cow-boy. Rodolphe donne, dans une manière de dossier, une belle explication de son titre.

Et cette atmosphère est magnifiquement rendue par un Patrick Prugne au sommet de son art, réalisant des aquarelles de toute beauté. Il montre la nature, la lumière de la campagne, les oiseaux et les arbres et donne une vraie dimension aux différents protagonistes quelle que soit l’époque. Le jeu des couleurs, la précision des décors donnent à cet album une ambiance poétique, accentuent une belle narration.
Écoute s’il pleut se révèle remarquable par son sujet, le traitement d’une intrigue mené avec brio et un graphisme enchanteur.

serge perraud

Rodolphe (scénario) Patrick Prugne (dessin et couleurs), Écoute s’il pleut, éditions Daniel Maghen, août 2024, 72 p. – 18,00 €.

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