Robert Mayer, Supernormal

Robert Mayer, Supernormal

Une magnifique parodie !

Tous les héros sont morts, Kennedy, Superman… jusqu’à Snoopy. Seul le plus puissant a survécu. Mais ses super-pouvoirs avaient inexplicablement commencé à décliner. Plus personne ne l’a vu depuis bientôt dix ans. Protégé par l’identité secrète de David Brinkley, il s’est marié avec Pamela, est le père de deux enfants, presque trois et a maintenant quarante-deux ans. Comme une large majorité de la population mâle des USA, il se passionne pour le football. Alors que le suspense est à son comble, en fin de match, un flash vient interrompre la diffusion. Des troubles importants se produisent dans le centre de Manhattan : agressions, pillages… David ressent, de manière confuse, une planification de ces manifestations. Au journal il est devenu rédacteur adjoint de Punch Rosenthal, le rédacteur en chef. Celui-ci l’appelle, lui demandant, parce qu’il était ami avec Indigo, de trouver le moyen de le contacter pour le faire revenir rétablir l’ordre.
Deux voyous, au Mafia Club, évoquent leur mission et trinquent : « Au commencement de la fin… d’Indigo. ».
À Moscou, Oscar von Werner, le secrétaire d’État américain partage le petit-déjeuner de Werner von Oskar, le ministre des Affaires étrangères de l’Union soviétique. Pamela, son épouse lui rapporte les rumeurs qui circulent. L’une fait état d’un énorme contrat pour tuer Indigo. Et derrière, il y aurait…les Russes !
Quand David découvre, en première page du Post, une photo le représentant en vol avec un gangster à la main, il comprend qu’il ne peut faire autrement que réapparaître quel qu’en soit le prix à payer…

Un superhéros à la retraite, obligé de revenir sur le devant de la scène pour des raisons peu avouables sert de base à un récit parodique. Avec cet homme né sur une planète lointaine, envoyé sur Terre comme seul survivant de son espèce, le romancier penche ouvertement vers l’histoire de Superman. Ce dernier vient de Krypton alors qu’Indigo est originaire de Cronk. Le premier a pour talon d’Achille la Kryptonite alors que le second doit fuir comme la peste la Cronkite. Mais Cronkite est aussi le nom d’un célèbre journaliste. Ainsi, l’auteur multiplie les références, des références plus ou moins déguisées, humoristiques, empruntant à nombre de personnalités authentiques ou de fiction. C’est ainsi qu’il fait allusion ou qu’il baptise des objets à partir de personnages de séries télévisées, de bande dessinée, d’hommes politiques, de journaliste, d’objets de la vie courante, tels des matériaux pour sols, des biscuits, des chewing-gums…
Il évoque plusieurs fois Jacques Brel à travers le spectacle Jacques Brel is alive and well and living in Paris, qu’il a vu et dont il écoute le disque régulièrement. Il donne une parodie géniale de la Genèse pour définir les origines du super-héros sur la planète Cronk. Les scènes où Indigo, ayant revêtu son ancien costume devenu trop étroit, tente de retrouver ses capacités d’antan sont superbes. Ce roman a été publié en 1977, et toutes les références sont relatives aux USA de cette époque. Le traducteur fait un énorme travail d’explication.

Une préface de Grant Morrison, un des maîtres du Comics, ouvre le roman. Elle est suivie d’une introduction très humoristique de Kurt Busiek. Celui-ci, à mi-texte, invite le lecteur à interrompre sa lecture, à entrer dans le roman, puis à la fin revenir finir celle de la préface. Robert Mayer signe avec Supernormal une immense parodie de l’univers des Comics et des super-héros, s’inspirant d’une icône du genre, Superman.

serge perraud

Robert Mayer, Supernormal (Superfolks), traduit de l’anglais (États-Unis) par Francis Guévremont, J’Ai Lu n° 11928, coll. « Thriller », janvier 2018, 384 p. – 8,00 €.

Laisser un commentaire