Richard III (William Shakespeare / Thomas Ostermeier)

Richard III (William Shakespeare / Thomas Ostermeier)

La nuit du roi devenu solitaire par son tropisme criminogène
Le décor faussement solennel laisse entrevoir plusieurs niveaux d’intervention des protagonistes. Une scène sombre se dessine : des nuées d’orages laissent paraître un jeu de complications géométriquement inextricables. Un tableau festif s’instaure sauvagement ; la reine et ses prétendants rivalisent de manifestations imprécatoires, de proférations péremptoires. Lars Edinger incarne un Richard III bossu, claudiquant, curieusement apaisé de sa résolution maléfique d’intriguer pour initier finalement le déchaînement de violence que représente l’usurpation du trône d’Angleterre.

Un microphone accroché à une ficelle élastique façon dystopie joue le rôle d’épreuve de vérité, de revendication de véracité, pour le machiavélique prétendant. Sont ainsi introduites par le metteur en scène comme d’authentiques didascalies potentiellement écrites par le personnage principal.

La représentation sait admirablement varier les atmosphères, entre classicisme et post-apocalyptisme, comme un métissage Renaissance et hypermoderne. Il en résulte une cour des miracles d’aspect baroque que l’on goûtera ou non : il n’est pas sûr que l’esthétique de la scénographie soit conçue pour susciter l’adhésion. L’ordre de la violence déploie son impitoyable logique mortifère. Tous les complots sont appelés à être déjoués peu à peu, égrenant leur traînée de victimes. Lars Edinger s’en donne à cœur joie, développe une grande partition à partir d’un registre toutefois d’emblée identifié comme une loufoquerie sanguinaire.
Ostermeier fait jouer la dérision, déjoue avec adresse la grandiloquence pathogène. Une fois roi, Richard III bouffonne et profère des insanités. Dans une nébulosité onirique, le défilé des victimes vient railler et renverser la nuit du roi devenu solitaire par son tropisme criminogène. Les registres dramatique, comique, liturgique, chorégraphique viennent se cristalliser en une fin pathétique, qui signe une mise en scène originale, provocante et accomplie de notre metteur en scène allemand favori.

Christophe Giolito

 

Richard III

de William Shakespeare

mise en scène Thomas Ostermeier

avec Thomas Bading, Robert Beyer, Lars Eidinger, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Jenny König, Laurenz Laufenberg, Eva Meckbach, David Ruland et le musicien Thomas Witte

Traduction Marius von Mayenburg ; scénographie Jan Pappelbaum ; dramaturgie Florian Borchmeyer ; musique Nils Ostendorf ; lumière Erich Schneider ; vidéo Sébastien Dupouey ;costumes Florence von Gerkan ; collaboration aux costumes Ralf Tristan Sczesny.

Au Théâtre de l’Odéon Place de l’Odéon, 75006 Paris

Du 21 au 29 juin 2017 / en allemand surtitré / 2h30.

Le spectacle a été créé le 6 juillet 2015 au Festival d’Avignon.

Production Schaubühne – Berlin.

 

Les clichés sont disponibles sur le site du théâtre de l’Odéon :

http://www.theatre-odeon.eu/fr/spectacles/richard-iii

 

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